Il fut convenu qu’ils se rendraient au laboratoire...

Publié le par Sandrine

Il fut convenu qu’ils se rendraient au laboratoire de l’université de zététique deux jours plus tard. Edouard les attendait à l’entrée du bâtiment, accompagné du Père Lavergny.
« -Bienvenue dans mon antre ! » Leur dit-il en leur serrant la main. Il les invita à les suivre d’un geste de la main. Les ours étaient finis depuis quelques heures. Les couloirs étaient déserts. Leurs pas résonnaient bruyamment. Après quelques minutes de marche, Edouard poussa une porte à double battants. Il s’y trouvait un bureau d’accueil derrière un comptoir blanc. En face, une dizaine de chaises étaient collées contre un mur blanc.
« -Vous recevez beaucoup de monde ici ? L’interrogea Henry, intrigué par cette salle d’attente.
-Vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point ! Chaque jour, des dizaines de personnes viennent spontanément se soumettre à nos tests. Et comme nous mettons un point d’honneur à recevoir tout le monde et à examiner le plus petit phénomène inexplicable, c’est souvent un peu la cohue. On vient nous voir du monde entier.
-Et tout a toujours été explicable ?
-Oui. Enfin, la plupart du temps, nous n’avons pas besoin de chercher d’explication. Ils se présentent avec des vidéos ou des photos de leurs exploits et une fois dans les salles d’expérimentation, ils se déclarent incapables de quoi que ce soit. Généralement, leur plus grand talent est de parvenir à trouver des excuses pour justifier leur échec.
-Et c’est ce que vous espérez dans notre cas ? Répliqua Denis.
-Je n’espère rien, j’étudie. Ils arrivèrent dans un bureau aux allures de cabinet médical, la table d’examen en moins.
-J’ai fait amener des chaises supplémentaires. Asseyez-vous. Je vais vous expliquer comment ça va se passer. Laissez-moi d’abord vous présenter Eva, mon assistante. Une très jeune femme venait d’entrer si discrètement qu’ils ne l’avaient pas entendue. Henry la contempla quelques instants en silence. Quelque chose de strict dans son attitude la rendait cependant froide et distante. Cela n’empêcha pourtant pas Henry de remarquer ses courbes délicates, ses yeux bleus en amande et ses beaux cheveux blonds massés en un lourd chignon. Elle s’assit dans un coin du bureau derrière eux. Henry détacha son regard de la jeune femme à regrets. Mais déjà Edouard avait repris.
-Je me suis procuré des enregistreurs numériques et des Spirit Box neufs. Ce sont ces appareils que vous utiliserez.
-Si aucune onde ne passe dans la pièce d’examen, la Spirit Box ne fonctionnera pas. Objecta Denis.
-C’est exact. Nous nous contenterons donc des enregistreurs. Vous ferez chacun à votre tour une séance de PVE comme vous en avez l’habitude.
-Monsieur Rajax, vous n’êtes pas sans savoir que cette expérience suppose qu’il y a un esprit. D’habitude, nous tentons de nous en assurer…
-Oh, cette université a été érigée il y a près de deux siècles pour ce qui est de son aile la plus ancienne et c’est précisément celle où nous sommes. Il y a de fortes probabilités pour qu’un drame ou deux y aient eu lieu. Henry soupira, Edouard n’avait pas tort. Que diriez-vous de fixer le temps de chaque session à une heure ?
-Ca me paraît raisonnable. C’est généralement durant les deux premières heures que nous enregistrons les premiers PVE. Lui répondit Karl. Il massait sa main droite. Edouard remarqua son geste.
-Permettez… Dit-il en se précipitant sur lui et en lui prenant la main. Il l’examina attentivement. Les trois fines zébrures blanches étaient toujours là. Eva, reprit-il, autoritaire. A partir de maintenant, vous veillerez à ce que ce monsieur ne touche plus à sa main. Je ne veux pas qu’il irrite les cicatrices. Ce n’est pas que je vous soupçonne de quoi que ce soit mais c’est le type de geste inconscient qui pourrait expliquer votre saignement de l’autre soir…
-Ce n’est pas faux. Lui concéda-t-il, magnanime.
-Un volontaire pour ouvrir les hostilités ? Demanda Edouard.
-Je peux y aller si vous voulez. Proposa Henry.
-C’est la salle juste à côté. Nous pourrons observer ce qui se passe grâce au miroir sans tain qui se trouve derrière moi. Souhaitez-vous que nous éteignions la lumière ?
-Je ne sais pas. Dans l’absolu, les esprits n’ont pas besoin d’obscurité pour se manifester. C’est surtout pour créer une ambiance angoissante que nous enquêtons la nuit…
-J’entends bien. Mais dans la mesure où c’est un paramètre qui ne coûte rien à préserver…
-Bon, alors ce sera dans l’obscurité. Conclut Henry, indifférent à cette considération. Edouard l’accompagna lui-même dans la petite salle où ne se trouvaient qu’une chaise et un bureau. Il déposa l’enregistreur devant Henry et l’alluma. Il posa une main rassurante sur son épaule et ferma la porte derrière lui. Henry attendit quelques instants qu’Edouard ait regagné le bureau pour commencer. A aucun moment la diode verte ne s’alluma. Denis s’agitait sur son siège, le temps lui paraissait insupportablement long. Enfin, le Père Lavergny regarda sa montre.
« -Le temps est écoulé. Annonça-t-il. Karl, vous sentez-vous le cœur d’y aller à votre tour ?
-Oui, bien sûr. Il en faut bien un… Répondit-il avec plus de fatalisme que d’enthousiasme. Il croisa Henry qui se dégourdissait les jambes dans le couloir.
-Tu vas vite t’apercevoir que la chaise est atroce… Edouard sourit. Karl prit une grande inspiration et commença.
« -Y a-t-il quelqu’un avec moi ? La lumière de l’enregistreur s’illumina. Dans le bureau attenant, le Père Lavergny sursauta. Ce qu’il redoutait se produisait. Edouard se leva et colla son visage au miroir sans tain. Le clignotement avait été si bref qu’il craignait d’avoir eu la berlue. Henry et Denis, eux, en restaient bouche bée. Jamais ils n’auraient imaginé que quoi que ce soit puisse se produire dans de telles conditions.
-Qui êtes-vous ? A nouveau, la lumière s’alluma.
-Que voulez-vous dire ? Edouard vit la diode s’allumer encore une fois. N’y tenant plus, il se précipita dans la salle d’expérimentation et consulta les réponses. « Bonjour Karl… ». « C’est toujours Simon Hauser… ». « Le temps est venu… ». Il revint en arrière et réécouta plusieurs fois l’enregistrement.
« -Impossible… Ne cessait-il de murmurer. C’est impossible… Karl finit par lui retirer l’enregistreur des mains.
-Ca peut vous paraître impossible, pourtant, les faits sont là. Nous nous sommes pliés à toutes vos exigences, nous avons accepté vos sarcasmes. Mais vous voilà devant le fait accompli. Il ne vous reste plus qu’à l’admettre.
-Je ne peux pas… Répondit-il, désespéré. Peut-être que…
-Non ! Rétorqua fermement Karl. Vous vouliez une preuve irréfutable, vous l’avez. Nous ne nous soumettrons à rien de plus.
-Votre main… Bredouilla-t-il en la saisissant. Les zébrures blanches avaient fait place à trois grosses raies rouges.
-Et bien voilà qui devrait achever de vous convaincre. Nous ne sommes pas des charlatans et la communication avec les esprits existe bien.
-Mais comment voulez-vous que j’admette une chose pareille ! C’est insensé ! Hurla-t-il, à bout de nerfs. Le Père Lavergny était entré dans la salle. Il prit Edouard aux épaules et l’obligea à lui faire face.
-Vous avez fait ce que vous pensiez juste. Vous n’avez rien à vous reprocher. Mais persister dans le déni est tout simplement ridicule à ce stade. Ce qui compte à présent est de savoir ce que veut ce fameux Simon Hauser et surtout comment se débarrasser de lui.
-Il y a un truc… Persista Edouard.
-Vous vous torturez pour rien. Reprit le prêtre. Les affaires spirituelles ne concernent pas les scientifiques. C’est de mon ressort, à présent.
-Je crois que nous allons vous laisser le temps de vous remettre… Je comprends que ce soit un choc pour vous. Lui dit Henry qui, loin de ressentir une joie mauvaise à avoir remporté la partie, éprouvait une certaine pitié à voir cet homme soudain privé de toutes les certitudes sur lesquelles il avait bâti sa vie.

Lire la suite: La bouffée d’air frais qu’ils inspirèrent...

Publié dans Le règne des ombres

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la nonna 18/08/2014 18:00

ça ferai un bon livre ça c'est sur.

Desse romans 18/08/2014 18:20

C'est ce que j'ai fait, ravie que l'idée te plaise!