La bouffée d’air frais qu’ils inspirèrent...

Publié le par Sandrine

La bouffée d’air frais qu’ils inspirèrent à pleins poumons hors du bâtiment universitaire leur permit de retrouver leurs esprits.
« -Vous m’avez dit que vous étiez catholique, mon fils ? Demanda le Père Lavergny à Karl.
-Non pratiquant, mon Père. Précisa-t-il, un peu gêné. Le prêtre se mit à rire.
-Allons faire quelques pas… Je suis toujours étonné que seuls les catholiques se déclarent non pratiquants. Quelle formidable hypocrisie ! On l’est ou on ne l’est pas, voilà tout. Avez-vous jamais entendu un juif, un musulman ou un bouddhiste dire qu’il est non pratiquant ? Il n’y a pas de sympathisants qui vaillent en la matière. La foi se vit. Il ne suffit pas de déclarer croire en quelque chose. Il faut agir en accord avec ses convictions. Voyez-vous, je suis persuadé que vous ne pensiez pas sérieusement que quelque chose arriverait ce soir. Et que l’intervention de ce Simon Hauser vous terrifie autant qu’elle déstabilise ce pauvre Rajax. Je comptais vous proposer un exorcisme pour vous séparer de cet esprit un peu trop envahissant… Mais si vous ne croyez pas fermement en celui que vous voulez invoquer, cela ne fonctionnera pas. Et pour tout vous dire, je ne connais pas d’autre méthode pour vous protéger.
-Me protéger ? Répéta-t-il, étonné. Mais enfin, je ne suis pas en danger…
-Et c’est parce que vous dormez tranquille que vous vous gavez d’anxiolytiques ? Même s’ils ne vous le disent pas franchement, vos amis sont inquiets pour vous. Je me trompe ? Demanda-t-il en se tournant vers Henry et Denis. Il y eut quelques secondes de silence embarrassé. Ce fut finalement Denis qui prit la parole.
-Le Père n’a pas tort. Jusqu’à ce soir, nous n’étions pas absolument persuadés de l’existence des esprits. Nous ne savons presque rien d’eux et encore moins ce dont ils sont capables au juste. Nous ne pouvons que constater que ce Hauser en a après toi. Regarde ta main… Oui Karl, Henry et moi sommes inquiets pour toi. Nous ne savons pas comment t’aider, et ça nous rend dingues. Karl s’arrêta net de marcher.
-J’ai peur. Laissa-t-il tomber à mi-voix. J’ai peur comme jamais. Je sais que je ne suis pas un bon catholique j’ai fui les contraintes. Mais comment voulez-vous que je revienne en arrière ?
-Il n’est pas question de cela. Lui dit le prêtre en le prenant par le bras. Il est question d’apprendre de vos erreurs et d’aller de l’avant en affermissant votre foi. Dieu est pardon. Ne l’avez-vous donc pas appris ?
-Et si nous nous contentions de demander à ce Hauser ce qu’il veut et de bien vouloir rester à sa place ? Proposa Henry.
-Taratata, mon fils ! On ne joue plus avec les esprits. C’est un jeu dangereux et vous venez de l’apprendre à vos dépens. Si la Bible l’interdit, croyez bien que ce n’est pas sans raison.
-Mais ils ne sont peut-être pas tous mauvais…
-Il est écrit dans la Bible que les morts convenables sont plongés dans le sommeil. Ils ne viennent pas tourmenter les vivants. Chacun chez soi !
-Mais les saints ? Objecta Denis.
-Ce n’est pas pareil. Toute règle a son exception. Ils ont une dérogation chèrement gagnée. Bon, j’avais un peu anticipé ce qui se produit. J’ai donc commandé un bon repas qui doit nous attendre chez le Père Roche. Allons-y et voyons ce qu’il pense de tout cela.
-Pourrais-je filmer ? Lui demanda Denis.
-Décidément, vous êtes têtu… Après tout, si mon confrère n’y voit pas d’objection… Et si vous me promettez de diffuser son intervention pour mettre en garde tous ceux qui seraient tentés de jouer les apprentis sorciers… Ce ne peut pas être une mauvaise chose… »

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Publié dans Le règne des ombres

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