Le gendarme couvait Emmanuel d’un œil presque paternel

Publié le par Sandrine

Le gendarme couvait Emmanuel d’un œil presque paternel :
« -Monsieur Delcampe, vous vous êtes fourré dans un sacré guêpier.
- Non. Je n’ai fait que dire la vérité, vous le savez. Vous avez eu le rapport du légiste dans les mains. Le gendarme nia de la tête.
-Ce n’est pas à moi de décider. Je ne fais que recueillir des éléments à soumettre au juge.
-Vous êtes pourtant témoin que j’ai été raisonnable et que je n’ai pas cherché à envenimer les choses.
-Oui, c’est vrai, mais ce qui s’est passé hors de ce bureau, je n’en sais rien.
-Je souhaite une confrontation. Est-ce possible ?
-Je peux organiser ça. Mais cela vous obligera à revenir.
-Peu importe. » Dit-il avec assurance. La veille, il avait demandé conseil sur un forum juridique et il en avait déduit une stratégie dont il avait fait part à Claire. Ensemble, ils avaient pris la décision de tenter le tout pour le tout. S’ils parvenaient à leurs fins, l’affaire serait morte née. La chance les servit en leur offrant le concours de ce gendarme qui semblait impartial et souhaitait visiblement se débarrasser au plus tôt de cette encombrante affaire. Il organisa les confrontations pour l’après-midi même. Ce fut Claire qui fut appelée la première. Elle salua Monsieur Lambertin qui ne daigna pas se tourner vers elle et resta les yeux obstinément fixés sur le mur en face de lui. Elle s’assit sur une chaise installée pour l’occasion à bonne distance de son adversaire.
« -Bien. Commença le gendarme. Pour éviter les bagarres inutiles, vous ne vous adressez qu’à moi, c’est bien compris ? Tous deux hochèrent positivement la tête.
-Monsieur Lambertin, vous dites que vous vous êtes fait insulter publiquement sur la place par Madame Bruno…
-Auriez-vous la gentillesse de demander à ce Monsieur s’il me connaissait avant cette soit disant algarade ? Le gendarme perçut une curieuse résonance dans la voix de la femme qui lui faisait face.
-Non, je ne connaissais pas cette dame…
-Bien, si tel est le cas, quelle raison aurais-je eu d’aller lui parler ?
-Répondez. Ordonna le gendarme à l’homme qui semblait perdu dans ses pensées.
-Aucune. C’est moi qui suis venu vous parler.
-Pourquoi, puisque ce monsieur ne me connais pas.
-Parce que j’ai reconnu Sacha.
-C’est donc bien à lui que vous vus êtes adressé et non à moi.
-Que vouliez-vous lui dire ? L’interrogea le gendarme.
-Qu’il devait des excuses à mon fils.
-Attendez ? Vous êtes en train de me dire que vous êtes allé de but en blanc exiger des excuses publiques d’un petit garçon ? Ca ne vous paraît pas un peu agressif comme attitude ?
-Mais enfin, pas du tout. Je me suis contenté de lui dire que ce qu’il avait fait n’était pas correct…
-Donc, c’est bien vous qui êtes allé faire des reproches à l’enfant… Madame Bruno ne s’est adressée à vous que lorsqu’elle a entendu ce que vous étiez en train de dire…
-Oui, mais ce n’est pas une raison pour injurier publiquement les gens.
-Vous ne vous êtes pourtant pas gêné pour accuser mon neveu d’être un menteur.
-Ce n’est pas une insulte, c’est un fait !
-Monsieur Lambertin, veuillez garder votre calme, s’il vous plaît ! Le rabroua le gendarme.
-Ne vous inquiétez pas, Monsieur Lambertin est un sanguin, je commence à avoir l’habitude de ses débordements.
-Que voulez-vous dire ?
-Ce monsieur, sitôt qu’il a eu signé sa plainte chez vous n’a pas hésité à venir nous menacer, mon beau-frère et moi au domicile de celui-ci.
-Cette femme dit n’importe quoi !
-J’ai pourtant des témoins de ce que j’avance…
-Qui ?
-Mon neveu, ma sœur, mon beau-frère… Avouez que ce monsieur n’a pas fait preuve d’un grand sang froid en poursuivant le petit garçon qu’il venait de prendre à partie jusqu’à son domicile. Ce fut une entrevue houleuse. Sacha en est encore tout retourné.
-Est-ce exact, Monsieur Lambertin ?
-Quoi ? Je suis un homme, moi : quand j’ai quelque chose à dire, je le dis en face !
-Vous êtes donc bien allé menacer ces gens chez eux ?
-Non ! Je les ai avertis que je venais de porter plainte…
-Ce n’est pas très intelligent de votre part. Vous aviez fait ce que vous aviez à faire. Venir hurler chez quelqu’un, avouez que c’était inutile… Tout comme d’avoir grondé Sacha en public.
-Oh ! Taisez-vous ! On voit bien que vous n’avez pas de valeurs, Madame ! Chez nous, les problèmes on les règle d’homme à homme, pas par courrier interposé ! C’est de la lâcheté !
-Et s’attaquer à un enfant sans défense, c’est quoi ?
-Vous êtes une idiote, vous ne comprenez pas ce qui se passe et vous devriez vous mêler de ce qui vous regarde.
-C’est précisément ce que je fais, Monsieur.
-Donc, je résume, Monsieur Lambertin. Vous vous en êtes pris à un enfant en public, vous êtes allé à son domicile sans autre raison que de poursuivre le litige et vous venez de traiter Madame Bruno d’idiote devant moi…
-Non, mais…
-Je serais vous, je me calmerais vite et j’oublierais toute cette histoire.
-Mais j’ai des témoins qui disent que…
-Monsieur Lambertin, vous venez de dire tout cela dans le cadre d’une audition et je vous rappelle que mon collègue et moi sommes assermentés.
-Mais enfin, je suis un personnage public ! Je veux réparation !
-Vous n’avez pas plus de droits qu’un autre, Monsieur Lambertin et justement parce que vous êtes un personnage public, vous auriez dû montrer l’exemple en ne vous en prenant pas à un petit garçon sans défense. Lui rappela perfidement Claire. Je suis un peu surprise qu’un personnage public, comme vous dites, élu de surcroît, fasse perdre un temps précieux aux forces de l’ordre qui ont sans doute bien mieux à faire que de ménager la susceptibilité d’un homme qui aurait tout intérêt à consulter pour retrouver l’estime de soi !
-Comme osez-vous ? Vous la tante du débile qui a provoqué une histoire pareille, dans laquelle mon nom a été Sali… Il s’étouffait de rage. Croyez-vous que ça ne se sait pas que ce taré est un inadapté social, qu’il va voir un psy ? Et les braves gens devraient subir ses frasques ? Et vous le défendez, en plus ! Ne voyez-vous pas que sa place est en institution spécialisée ? Décidément, on ne peut discuter sérieusement ni avec les fous, ni avec les femmes !
-Ca suffit, maintenant, Monsieur Lambertin ! Le rabroua le gendarme en tapant sur son bureau du plat de la main. Si vous voulez bien sortir, Madame Bruno… Je crois que tout a été dit. Ne vous inquiétez de rien. Je doute que le Procureur ait du temps à perdre avec tout ça. Tentez tout de même d’éviter tout contact avec ce monsieur, sinon ça ne ‘arrêtera jamais. Claire opina du chef et sortit. Elle prit place dans la salle d’attente, à côté d’Emmanuel qui fut aussitôt appelé par le gendarme qui l’avait raccompagnée. Elle lui adressa un clin d’œil rassurant auquel il répondit par un sourire furtif. Quand il entra dans le bureau, il sentit immédiatement que son adversaire n’avait pas encore retrouvé son calme.
-Bonjour Messieurs. Seul le gendarme répondit au salut d’Emmanuel.
-Monsieur Delponte, pourquoi avez-vous écrit à l’académie pour réclamer des sanctions supplémentaires ?
-J’estime que les mesures qui ont été prises ne sont pas adaptées à la gravité des faits.
-Et qui vous dit que mon fils est impliqué ? L’interrogea Monsieur Lambertin, agressif.
-C’est lui qui a donné le premier coup à Sacha. Il l’a admis lui-même… Avouez que l’on peut légitimement croire que…
-Oui, mais… Emmanuel sourit largement.
-Excusez-moi, Monsieur Lambertin, mais nous allons arrêter là cette mascarade.
-Mais enfin…
-Apprenez que pour qu’il y ait dénonciation calomnieuse, il faut que l’accusé soit désigné sans qu’aucun doute ne puisse subsister quant à son identité. J’ai apporté une copie du courrier que j’ai adressé à l’académie. J’y parle des enfants qui ont agressé mon fils, jamais je ne donne leurs noms. Ensuite, il faut que les faits dénoncés soient faux, ce qui reste encore à prouver. Il faut en outre qu’ils soient dénoncés de mauvaise foi, or vous venez d’admettre que j’ai légitimement pu penser que votre fils ait été impliqué… Votre plainte ne tient pas et si je le voulais, c’est moi qui serais en mesure de vous attaquer. Je pense qu’il est plus que temps que vous vous calmiez, faute de quoi je le ferai ! Tenez-vous à l’écart de ma famille, Monsieur Lambertin. Sachez éviter de créer de nouveaux problèmes.
-Mais enfin !
-Monsieur Delponte a parfaitement raison. Tout cela n’aboutira pas, tout au moins, pas à votre avantage, Monsieur Lambertin. Vous pouvez rentrer chez vous. »

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