Qu’est-ce qu’il peut bien encore vouloir ?

Publié le par Sandrine

-Qu’est-ce qu’il peut bien encore vouloir ? Une concubine ? Ironisa Henry.
-Nous pouvons toujours nous renseigner… Ca ne coûte rien, non ? Suggéra Lavergny. J’appelle Rajax pour lui demander son nom de famille. Ce sera discret. Elle n’en saura rien.
-Et où comptez-vous trouver des renseignements ? Lui demanda Denis.
-Déjà, dans nos archives si elle est catholique… Ensuite, nous avons l’habitude d’enquêter. Pensez bien que lorsque quelqu’un veut être ordonné, nous menons notre petite enquête de moralité… Henry se sentit mal à l’aise. Sa respiration s’accéléra étrangement et, l’espace d’un instant, il fut incapable de toute pensée cohérente. Quelque chose dans le regard de Lavergny venait de le perturber à un point qu’il n’avait jamais éprouvé jusque là.
-Je vous laisse faire. Lui dit le Père Roche. Je vais m’occuper de votre ami. Il sera traité avec tous les égards. Nous allons le préparer et le veiller trois jours. Ensuite, nous dirons une messe et nous l’enterrerons dans le cimetière de l’abbaye. Officiellement, il aura volontairement disparu. Nous n’avons pas d’autre alternative…
-Peut-on vous assister ? Lui demanda Denis qui répugnait à se séparer de l’enveloppe charnelle de son ami.
-Non. Il ne vaut mieux pas. Nous savons ce que nous avons à faire. Je préfère que vous le revoyez ce soir à la veillée. Il sera plus présentable. Il vaut mieux que vous gardiez une belle image de lui.
-Mais il est toujours là… Répliqua Henry.
-Ce n’est que provisoire, mon fils. Vous savez bien qu’il faudra le laisser partir. Henry nia de la tête.
-Pas tant que nous ne savons pas ce que cherche à nous dire Hauser…
-C’est un fou. Vous ne saviez rien de tout cela il y a encore quelques heures et pourtant vous avez déjà dû essuyer quelques deuils. Les choses doivent suivre leur cours naturel.
-Mourir sous les coups d’un fantôme n’a rien de naturel… Releva Denis.
-Il ne reviendra pas parmi nous. Laissez-le libre de décider ce qui est le mieux pour lui. Ne l’enchaînez pas à une existence qui n’est plus la sienne. Allez avec le Père Lavergny. Il vous fera les honneurs de l’abbaye, nous nous retrouverons pour déjeuner. » Le Père Lavergny avait obtenu le nom de famille de la jeune femme. Hengel. Eva Hengel. Il avait téléphoné à ses relations pour que l’enquête commence. Puis il guida Henry et Denis dans les jardins de l’abbaye. Ce grand bavard était soudain piégé dans un mutisme gêné. Il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il avait une part de responsabilité dans la mort de Karl. Le silence des lieux était assourdissant. Ils déambulèrent ainsi sans but pendant une demi heure lorsque le téléphone portable sonna. Il se sentit soulagé. Il laissa son interlocuteur s’exprimer longuement, grommela un remerciement rapide et raccrocha, pensif.
« -J’ai cru remarquer que vous portiez un certain intérêt à Mademoiselle Hengel… Commença-t-il à l’adresse d’Henry. Vous l’avez littéralement dévorée du regard quand vous l’avez vue entrer dans le bureau de Rajax. A votre avis, quel âge peut-elle bien avoir ?
-Je dirais vingt-cinq ans…
-Nous avons bien trouvé une Eva Hengel dans nos archives. Elle aurait été baptisée il y a cent onze ans… Nous n’avons pas trace d’un acte de décès.
-C’est sans doute un homonyme. Répliqua Henry, un peu agacé de la réflexion du prêtre à propos de son intérêt pour la jeune femme.
-C’est une piste qui a été explorée, mon fils. Mais je vous assure que tout cela est très troublant…
-Exposez donc les faits, nous en jugerons.
-Il n’existe que deux Eva Hengel. Toutes deux nées dans la même ville, à cinquante ans d’écart et possédant les mêmes diplômes… Réfléchissez, mon fils, quand bien même la plus jeune des deux serait la personne concernée, elle aurait aujourd’hui soixante et un ans.
-Cela signifie que cette jeune femme a des faux papiers, voilà tout.
-Ne pensez-vous pas qu’il conviendrait d’en avertir Monsieur Rajax ?
-Et en quoi cela nous concerne-t-il ? De quel droit dénoncerions-nous cette jeune femme ? Avons-nous la preuve formelle qu’elle a commis un délit ?
-Oui. Vous venez de le dire : elle utilise des faux papiers. Ce sont rarement les gens animés de bonnes intentions qui cherchent à dissimuler leur véritable identité. Je vais à l’université de ce pas pour aviser Rajax de tout cela. Il ne tient qu’à vous de m’accompagner.
-De quel diplôme est-elle titulaire ?
-D’un doctorat en physique et elle s’en est servie pour travailler auprès d’Edouard Rajax. Je suis un peu surpris qu’il n’ait pas vérifié ce titre…
-S’il n’a rien vu, c’est sans doute que ses compétences ne sont pas usurpées.
-Ah, autre chose : les parents de la jeune Eva Hengel portent les mêmes noms que ceux de la vieille…
-Ce peut être une coïncidence. Mais je vous répète que nous sommes vraisemblablement face à une sordide affaire de faux papiers.
-Il faut nous en assurer. Dois-je vous rappeler dans quelles conditions nous avons été avisés de cela ?
-Dois-je également vous rappeler que Hauser n’est pas un personnage recommandable ?
-Venez-vous oui ou non ?
-Oui, je ne veux pas que vous fassiez n’importe quoi.
-Méfiez-vous tout de même de vos émotions. »

Lire la suite: Edouard écouta calmement le récit du Père Lavergny.

Publié dans Le règne des ombres

Commenter cet article