Sitôt le repas fini, Emmanuel se précipita dans son bureau.

Publié le par Sandrine

Sitôt le repas fini, Emmanuel se précipita dans son bureau. Il commença par examiner attentivement la liste dressée par Sacha. Tout lui semblait logique. Son fils avait raison, il n’aurait pas le temps de vérifier chaque critère un à un. Il soupira et jeta un oeil à la fenêtre qui lui faisait face. La nuit était tombée. Les lueurs des lampadaires et des fenêtres des maisons voisines créaient une ambiance familière et rassurante. Il effleura du bout des doigts l’appui de la fenêtre et sentit l’air frais qui perçait à travers le cadre de bois. Il avait mis des années à comprendre cet algorithme. Il avait à présent une clientèle suffisante pour vivre de son activité et il craignait de tout perdre. Sacha n’était qu’un enfant. Il ne voulait pas lui faire supporter la responsabilité d’un échec. Il tapa sur le moteur de recherche le mot clé principal du site créé par son fils : « livre ». Le moteur lui indiqua qu’il y avait 595 millions de résultats. C’était d’autant plus énorme que beaucoup des sites qui tentaient de parvenir en haut de la liste de résultats étaient à vocation commerciale et qu’ils se livraient à une concurrence acharnée. Bibou.com était premier. C’était bien le nom de domaine choisi par Sacha. Emmanuel nota avec une tendresse amusée que Bibou était le nom que le petit garçon avait donné à son nounours. Il fit un audit du site méticuleux. Sacha n’avait rien oublié et le résultat était bien là, incroyable et pourtant indéniable. Emmanuel se passa une main sur le front. Il restait un écueil que seul le temps pourrait permettre de déjouer. La prime de fraîcheur. Ce petit bonus que le moteur accordait aux nouveaux sites et qui durait quelques semaines. A moins de tester la méthode de Sacha sur un site bénéficiant d’une certaine ancienneté… Il avait acheté plusieurs noms de domaine, au début de sa carrière, qu’il faisait renouveler chaque année automatiquement. Il lui suffirait de créer un site avec l’un d’entre eux. Il soupira lourdement. Quand bien même… Ce secret enfin révélé lui offrait tellement de perspectives qu’il se sentait brusquement incapable d’en tirer parti. C’était presque trop gros pour lui. D’autant plus qu’il s’était toujours fait un devoir de faire une utilisation morale du Web… Eventer ce secret serait d’une incroyable stupidité, il était donc hors de question de vendre la méthode elle-même. Non, c’était décidé, il l’appliquerait uniquement dans le cadre de son activité de référencement. La nuit était encore jeune, il se mit au travail et plus rien n’eut d’importance, bientôt, que de parvenir à mettre le site en ligne au matin. Le lever du soleil le surprit alors qu’il finissait les dernières manipulations. Solange s’était levée et préparée sans qu’il ne l’entende. Elle déposa une tasse de café à côté du clavier noir, sur le plateau de verre du bureau.
« -Tu n’es pas monté te coucher… Remarqua-t-elle.
-Non. Il faut que je sache.
- Tu le sais déjà. Emmanuel lui sourit.
-Tu te souviens, au début, on parlait de travailler ensemble…
-On rêve toujours au début, et puis après, le quotidien nous rattrape. Répondit-elle, fataliste.
- Ce sera peut-être bientôt possible…
-Tu as dit que cette méthode ne sera que provisoire.
- Dans sa forme parfaite, oui. Elle subit régulièrement des ajustements, mais je doute qu’ils soient suffisants pour la remettre en cause totalement. C’est vrai, c’est un risque, mais ça ne te plairait pas de ne plus avoir à travailler pour quelqu’un d’autre ? Nous serions tous les trois…
- Naturellement, ce serait idéal. Mais tu n’arrêtes pas de dire que le Web est volatile…
-Grâce à Sacha, ce n’est plus vraiment le cas.
-Et si quelqu’un d’autre comprenait la méthode en observant les modifications que tu apportes à tes sites ? Les yeux de Solange étaient devenus graves, son expression sérieuse, attentive.
- Ils pourront effectivement comprendre quelques critères, mais jamais ils ne pourront tous les saisir. Seul Sacha est capable de cela. Ca nous donne une bonne longueur d’avance.
-Voilà ce qu’on va faire : tu fais tes tests, s’ils fonctionnent, nous trouverons un moyen de nous constituer un petit capital pour nous mettre à l’abri et ensuite, je démissionnerai. Pour l’instant, ce qui me préoccupe le plus, c’est que Sacha n’est toujours pas scolarisé. Ca ne peut pas durer.
- Nous sommes à un mois des grandes vacances. Cela nous laisse le temps de lui trouver une école privée si l’école publique est assez stupide pour laisser filer ses meilleurs éléments.
-Mais pas d’internat ! Précisa-t-elle, butée. Sacha doit avoir une vie de famille stable.
-Il y a quelques écoles privées à moins d’une heure d’ici, nous pouvons assurer le transport de Sacha. Solange regarda sa montre.
- Je vais être en retard. » Elle déposa un baiser furtif sur les lèvres de son époux et sortit.

Lire la suite: Il fallut moins de vingt quatre heures​

Commenter cet article