Solange et Emmanuel préférèrent ne pas tout dire à Sacha

Publié le par Sandrine

Solange et Emmanuel préférèrent ne pas tout dire à Sacha avant d’avoir eu confirmation du diagnostic du psychologue. Ils lui expliquèrent simplement qu’il était question de vérifier que les coups qu’il avait reçu n’avaient pas laissé de séquelles. Le petit garçon haussa les épaules. Pourvu qu’on ne lui demande plus de ressasser l’agression, il n’avait pas d’objection à formuler. Il se soumit sans ciller à tous les examens. Il montra une certaine curiosité pour le matériel médical. Emmanuel le remarqua, mais qu’y avait-il de surprenant à cela ? Tous les enfants sont curieux… Il leur fallu patienter plus d’une heure devant le bureau du neurologue. Une attente qui commençait à devenir d’autant plus insupportable que lorsqu’un patient quittait les lieux, tous trois percevaient nettement des conversations téléphoniques interminables. Enfin, un homme imposant, aux cheveux gris en couronne, les invita à entrer. Il n’avait d’yeux que pour Sacha. Ses parents se sentaient transparents.
« - Alors jeune homme… What a brain, the brain you have ! Lui dit-il en souriant de toutes ses dents.
- Just a normal brain, nothing else. Lui répondit Sacha. Solange et Emmanuel sursautèrent.
- Ce qui donne naissance à la société, c’est l’impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve de beaucoup de choses. L’enfant soupira.
- Platon. 428-348 avant Jésus Christ. La multiplicité de ses besoins a réuni dans une même habitation plusieurs hommes en vue de s’entraider : et nous avons donné à cette société le nom d’Etat. Le neurologue parut enchanté. Non seulement Sacha connaissait l’auteur de la citation, mais en plus, il venait de la compléter.
- Il y a beaucoup delivres chez toi, n’est-ce pas ?
- Oui. Une pièce entière. Maman en a hérité de ses parents.
- Combien en as-tu lu ?
- Tous.
- Mais enfin, Sacha, je t’ai déjà vu dans la bibliothèque, tu ne gardes pas un livre plus de trente minutes dans les mains. Ce n’est pas lire, ça… Le reprit doucement Solange.
-Pour lui, si. Trancha le médecin. Sacha a une mémoire photographique. Sitôt qu’il a posé les yeux sur une page, vous pouvez considérer qu’il l’a lue. Effectivement, ça ne prend pas beaucoup de temps… Tu dois drôlement t’ennuyer à l’école… Reprit-il à l’adresse de l’enfant.
- Je suis à ma place. Pour mon âge, c’est là que je dois être.
- Non. Il y a des alternatives. Tu n’es vraiment pas obligé de passer tes journées à t’ennuyer. Il existe des établissements adaptés.
- Non. Trancha brusquement l’enfant.
-Enfin, Sacha, tu perds ton temps. Avoue qu’il y a mieux à faire que de bâiller aux corneilles en attendant que la journée se finisse…
- Je ne dois pas être différent. Regardez ce qu’on vous fait quand on s’en aperçoit ! Dit-il en désignant son visage de son index.
-Sacha, le problème n’est pas là. Tu as besoin qu’on t’apprenne certaines choses pour pouvoir éviter ce genre de situations et tu as besoin d’avoir un enseignement à ta mesure. Ce n’est pas une honte. L’enfant ne répondit pas et se tourna vers ses parents. Il espérait qu’ils le soutiendraient.
- Le docteur a sans doute raison, bonhomme. Lui dit finalement Emmanuel. En plus, ce serait quand même une bonne solution pour que tu n’aies plus à croiser ceux qui t’ont mis dans cet état, tu ne crois pas ?
- Ce n’est pas juste. Je n’ai rien fait de mal et c’est moi qui dois partir… Ce n’est pas logique.
-Tout ne peut pas toujours être logique. Mais si ça peut te rassurer, nous ferons le nécessaire pour que ceux qui t’ont fait ça soient punis.
-Et comment comptes-tu t’y prendre ?
-Nous allons porter plainte, tout simplement. Lui répondit Emmanuel, surpris de voir son fils le défier.
-Bon, là, c’est juste. »

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