Une petite prière ?

Publié le par Sandrine

-Une petite prière ? Lui proposa-t-il comme il lui aurait proposé une cigarette.
-C’est gentil, mais j’ai mieux que ça pour ce soir. Lui répondit-il en agitant une boîte de comprimés.
-Ah, zut ! De la foi en boîte ! Ils sont quand même forts, ces médecins, pour nous manger la laine sur le dos…
-A contrario, j’ai déjà été à l’église quand j’avais un rhume et je l’avais toujours en sortant. Le prêtre éclata de rire.
-Votre pragmatisme est désolant. Une vie sans magie, c’est rester à l’état végétal. Ce sont nos espérances qui nous différencient de la tomate.
-Venez mon père, Henry a déjà commencé sa présentation.
-Ainsi donc, Monsieur Boudry, ce château a connu une histoire pour le moins sombre…
-Oui, les pires heures de l’obscurantisme. Ceux qui étaient accusés de sorcellerie, des femmes pour la plupart, étaient retenus prisonniers dans le donjon et ils étaient torturés dans la salle d’armes qui se trouve juste au-dessus. Le jugement public était rendu dans la grande salle de réception en face de vous. Les exécutions, elles, avaient lieu au beau milieu de la cour. D’après les documents que j’ai pu trouver, il y en aurait eu une vingtaine.
-Et vous pensez que les esprits de ces gens n’ont pas pu trouver le repos et qu’ils hantent le château.
-Tout porte à le croire. Le personnel et mon épouse et moi avons déjà vécu des choses étranges.
-Expliquez-nous ça… Tout en discutant le propriétaire les avait conduits dans l’immense salle de réception.
-Nous entendons souvent comme le bruit d’un marteau suivi d’un grand cri. Plusieurs clients se sont plaints d’avoir été bousculés alors qu’il n’y avait personne derrière eux.
-C’est en effet une expérience surprenante que le contact physique avec une entité… Karl, nous allons installer une caméra fixe ici. Karl marqua l’endroit désigné par Henry d’une croix faite de scotch noir. Il vit quelques gouttes de sang sur le marbre. Surpris, il jeta un coup d’œil à ses mains. Sur le dos de sa main droite, les griffures s’étaient ouvertes. Le Père Lavergny se rendit à ses côtés et lui tendit un mouchoir.
-Tu vas bien ? Lui demanda Henry.
-Oui, mais je ne comprends pas… Je n’avais presque plus rien tout à l’heure.
-Tu as dû trop forcer sur ta main, voilà tout.
-Je suppose que tu dois avoir raison.
-Voulez-vous un pansement ? Lui proposa le propriétaire.
-Non, merci. Ce n’est vraiment pas grand-chose. Je m’en voudrais simplement de tacher quelque chose, avec le mouchoir, ça devrait suffire.
-C’est vous qui voyez… Henry adressa un dernier regard interrogatif à Karl qui opina du chef et poursuivit la visite.
-Nous allons à présent nous rendre dans les donjons. Ils empruntèrent des escaliers sombres éclairés par une ampoule qui ne parvenait qu’à y jeter une lumière blafarde. Le propriétaire avait laissé cette partie de l’édifice dans son jus. Une forte odeur d’humidité et de renfermé les saisit à la gorge. Une dizaine de cellules aux épais barreaux métalliques se répartissaient de chaque côté d’un couloir au sol de pierre. A l’intérieur des cellules, une fine couche de terre s’était accumulée au fil des ans. Il faisait froid. De lourdes chaînes étaient enchâssées dans les murs.
-Je n’ose pas imaginer l’enfer qu’ont dû vivre les malheureux qui se sont retrouvés dans ces geôles… Reprit Henry. Personne ne vient jamais ici, je suppose ? Demanda-t-il au propriétaire.
-Non. Déjà, personne n’a vraiment envie de se retrouver ici, mais en plus, les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour accueillir du public. Hélas, l’entretien d’un château n’est pas donné et nous avons dû définir des priorités dans sa réhabilitation.
-Donc personne n’a été témoin de quoi que ce soit ici ?
-Si. Un plombier du village est intervenu alors que nous n’étions pas encore propriétaires. Il assure que lorsqu’il a sorti ses outils de sa caisse pour commencer à travailler, il a vu une grande masse noire fondre sur lui. Il n’a accepté de finir les travaux qu’à la condition de n’être jamais seul ici.
-On peut le comprendre. Nous n’avons par de bon angle pour pouvoir avoir une vue sur toutes les cellules… Nous ne disposerons donc pas de caméra fixe dans le donjon. Par contre, puisque nous avons le concours d’Edouard Rajax et qu’il n’existe personne de plus objectif que lui ici, nous lui demanderons de bien vouloir se livrer à une petite séance de PVE seul ici… Etes-vous partant ? Lui demanda-t-il directement, cette fois.
-Ca peut être une expérience intéressante ! Lui répondit-il avec enthousiasme.

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Publié dans Le règne des ombres

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