Elise regardait son fils jouer avec le nounours.

Publié le par Sandrine

Elise regardait son fils jouer avec le nounours. Depuis son retour à la maison en fin de matinée, elle cherchait une solution pour le lui retirer tout en évitant une crise de larmes. L’occasion se présentait d’autant moins que Léo ne le lâchait pas une minute. Dehors, la neige s’était subitement mise à tomber. Bientôt, le petit village de montagne serait engourdi par le froid et les activités humaines se feraient au ralenti. François était rentré juste avant les premiers flocons. Elle s’inquiétait à l’idée des déplacements hivernaux en montagne dont elle n’avait pas l’habitude. On lui avait assez dit lorsqu’ils avaient acquis la maison en juin que les hivers seraient rigoureux et que la neige abondante et les épaisses congères rendraient leurs déplacements délicats voire impossibles. Mais le chalet avait un charme fou. Et quitter la ville et prendre un nouveau départ en pleine nature avait été un choix mûrement réfléchi pour le jeune couple qui privilégiait la vie de famille à une vie professionnelle effrénée depuis l’arrivée de Léo. La difficulté annoncée ne les avait donc pas fait renoncer. Une sorte de silence cotonneux s’était abattu sur la maison. Seuls les rires et les babillements du petit garçon le brisaient. Dans l’atelier, François travaillait en silence. Elise avait d’abord cru qu’il se lasserait de ce travail minutieux et solitaire, mais cela avait été tout le contraire. L’ancien banquier devenu luthier caressait amoureusement les courbes sensuelles des instruments et trouvait un réel plaisir à les réparer. Elle passa devant le grand miroir posé sur les lambris de l’entrée, elle tenait Léo par la main et allait avertir François qu’il était l’heure de passer à table. Elle jeta un coup d’œil à son reflet. Fine, elle s’enorgueillissait souvent de n’avoir pas pris un gramme après sa grossesse. Elle passa une main sur son ventre encore plat et se demanda s’il en serait de même cette fois-ci. Elle haussa les épaules et rajuste une mèche rousse échappée de son chignon avant de se désintéresser de son visage couvert de taches de rousseur et de passer un manteau à Léo. Elle tenta discrètement de déposer Boubou au pied du porte manteau et de feindre de l’oublier mais Léo le récupéra aussitôt. Elle lui sourit. Décidément, il avait de la suite dans les idées. Elle trouva François penché sur son établi. Ses larges épaules masquaient son ouvrage. Elle toussa pour l’avertir de sa présence. François se redressa. Il souriait. Elle adorait les fossettes qui creusaient ses joues quand ses lèvres s’étiraient. Depuis quelques temps, son front paraissait plus large, ses beaux cheveux brins se clairsemant. Mais la maturité lui seyait à merveille et elle aimait tout autant le jeune homme qu’elle avait rencontré au collège que l’homme mûr qu’elle découvrait. Léo brandit son ours en peluche sous le nez de son père.
« -Mais c’est un très vieux nounours, dis donc ! Il en a des coutures… Remarqua-t-il en riant.
-Je n’en voulais pas, mais on le lui a offert. Je n’ai pas eu le courage de refuser…
-Ca a l’air de te contrarier. Voyons, ce n’est une peluche, elle n’est pas très belle, c’est sûr, mais elle ne peut pas faire de mal. On lui en achètera un tout neuf pour Noël et il abandonnera celui-là, voilà tout. Un clou chasse l’autre… Elise en doutait. Plus le temps passerait et plus Léo serait attaché à cet horrible Boubou qui semblait avoir accédé au rôle suprême de doudou officiel. Elle le regarda de plus près. Sa fourrure bouclée était élimée à plusieurs endroits, des morceaux de velours colorés étaient venus colmater les trous qui se trouvaient sur son ventre et dans son dos, une suture solide mais grossière avait permis de rattacher la tête au corps qui avait dû être atrocement mutilé. Ses petits yeux brodés de noir lui donnaient une expression énigmatique. Elle éprouva la qualité du rembourrage. Il était ferme mais propre. Léo tira sur sa manche pour attirer son attention. Il était temps que l’affreux Boubou retrouve les bras de son nouvel ami. Elle leva les yeux au ciel et le lui rendit avec un pincement au cœur.

Lire la suite: Dans le salon au confort douillet...

Publié dans Boubou le maudit

Commenter cet article

Pâques 29/09/2014 20:07

Moi aussi j'aime ce vieux Boubou, mon petit-fils en a un aussi et il l'adore !
Bravo !
Belle écriture.

Heol 28/09/2014 14:40

Bonjour
La préoccupation d'une pour son enfants, le doudou qui a vécu, je suis rentré dans ton histoire du quotidien. La question "mais quel est ce doudou" fait glisser la vie de tout les jours dans une zone non définie au final...
Cordialement

angedra 20/09/2014 10:59

Mais je l'aime bien moi ce Boubou ! Il doit en avoir des histoires à raconter car il a certainement connu de nombreux petits bras qui l'ont cajolé et aimé. Léo a raison de s'accrocher à lui, ce vieux Boubou a besoin aujourd'hui d'être cajolé à son tour avant de redevenir chiffons et rembourrage à jeter...
Agréable lecture.

Jess 12/09/2014 20:13

Jolie plume