Le lendemain, Elise qui s’était levée aux aurores...

Publié le par Sandrine

Le lendemain, Elise qui s’était levée aux aurores eut le plaisir de voir partir le camion des éboueurs. C’en était fait de l’ours maudit. Noël passa comme dans un rêve. Boubou était oublié. Quelques jours plus tard, Léo devait rejoindre les jumeaux pour passer une partie de la matinée dehors. Elise ouvrit la porte pour le laisser sortir et le surveiller le temps qu’il les rejoigne. A peine posa-t-elle les yeux sur les marches qu’elle le vit. Boubou la narguait de ses petits yeux vicieux. Il avait été revêtu d’une blouse bleue, mais il n’y avait aucun doute possible : c’était bien lui. Un mot avait été attaché à son cou.
« J’ai trouvé cet ours en relevant vos poubelles. Comme il sentait bon et paraissait propre, je l’ai confié à ma femme pour qu’elle l’arrange un peu et nous l’avons offert à notre petit dernier qui l’a immédiatement adoré. Il a été hospitalisé pendant deux jours suite à des problèmes de tachycardie. Ma femme a eu honte que notre fils dorme avec cette vieillerie en public. Je l’ai donc ramené à la maison. Le lendemain, mon fils n’avait plus rien et sortait de l’hôpital. Elle m’a fait jurer de le ramener où je l’avais trouvé. Le voici donc de retour chez lui. » Elise eut la tentation de frapper cet ours maléfique, mais Léo la regardait. De loin, Fiona avait reconnu Boubou. Elle se frappa le front du plat de la main. Elise sentit une petite main s’accrocher à sa jupe. Elle baissa les yeux. Sophie dévorait le nounours du regard.
« -Non, chérie, ce nounours a été perdu par un petit garçon. Nous le gardons juste le temps qu’il vienne le chercher… » La petite frimousse de l’enfant se contracta. Elle tendait désespérément ses mains vers l’objet de sa convoitise, une larme se forma… Et Sophie s’abandonna à son premier caprice. Elise déposa l’ours sur le meuble à chaussures et prit l’enfant dans ses bras. Elle la consola brièvement et la déposa dans son parc. Ivre de rage, elle prit l’ours par la gorge et le déposa sur la table de la cuisine. Elle s’empara d’un couteau de boucher et le découpa méticuleusement en petits morceaux qu’elle enfonçait furieusement dans la poubelle. Cette fois, Boubou ne réapparaîtrait plus dans sa vie. Elle planta la lame dans le cou du nounours et l’éventra. Le tissu avait beau être usé, elle dut le déchirer à la main pour accéder à la bourre. Ses doigts rencontrèrent quelque chose de dur niché au cœur de la mousse. Un paquet en plastique solidement scotché recélait une substance blanche. On aurait dit une sorte de matière plastique rigide. Perplexe, elle jeta les derniers vestiges du cadavre de Boubou et rangea l’étrange paquet dans un placard en attendant François. Lui saurait sans doute ce que c’était. Elle se sentait soulagée d’avoir réglé son compte au jouet maléfique et elle oublia le curieux contenu de Boubou jusqu’à ce que les enfants soient couchés. Sans prendre la peine d’expliquer préalablement ce qui s’était passé, elle alla chercher le paquet et le déposa sur la table basse devant François.
« -Qu’est-ce que c’est ? Lui demanda-t-il, surpris.
-Justement, je n’en sais rien. Est-ce que toi, tu pourrais regarder ça d’un peu plus près ? Une sorte de poudre blanche s’était déposée autour du trou provoqué par Elise. François y passa son doigt et le renifla. Il n’y avait aucune odeur significative.
-Sincèrement, comme ça, je ne vois pas. Où as-tu trouvé ça ?
-On m’a encore ramené Boubou. J’ai décidé de l’éliminer définitivement. C’était dans son ventre…
-Ce n’est ni de la bourre, ni un mécanisme quelconque… François porta une main à sa tête.
-Qu’est-ce qui t’arrive ?
-Je ne sais pas, un petit vertige… J’ai le cœur qui tape. Ce doit être un coup de fatigue… Brusquement, il se tut et blêmit.
-Tu es sûr que tout va bien ? S’inquiéta Elise.
-Oui. Je viens de comprendre ce que c’est…
-Je t’écoute…
-C’est de la drogue… Palpitations, perte d’appétit, troubles du comportement, insomnies… Ce sont bien les symptômes que tous les enfants ont eux ? Elise jeta un regard horrifié au paquet.
-Mon Dieu ! Mais qu’est-ce qu’on va faire ?
-Laissons-nous quelques jours pour y réfléchir… A priori, je serai tenté de nous en débarrasser purement et simplement en le détruisant, mais je pense que tous ceux qui ont croisé la route de Boubou méritent de comprendre ce qui leur est arrivé.
-Et surtout Madame Alvis… Murmura Elise.
-Reste à savoir si les gendarmes vont nous croire…
-Et pourquoi nous soupçonneraient-ils ?
-Parce que je viens d’absorber de cette chose par mégarde et que du coup, si on me teste, j’aurais l’air beaucoup moins crédible. Cachons ça et j’irais au commissariat dans quelques jours. Pour le moment, je crois qu’il vaut mieux que j’aille me coucher.
-Tu es sûr que tu ne risques rien et qu’il ne vaudrait mieux pas appeler un médecin ? François lui sourit.
-Non. Je n’ai respiré que quelques particules. Je survivrai ! Je risque de ne pas dormir beaucoup cette nuit, mais c’est tout ! »

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Publié dans Boubou le maudit

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