Osiris eut une vague expression de plaisir en voyant Olivier entrer.

Publié le par Sandrine

Osiris eut une vague expression de plaisir en voyant Olivier entrer.
« -Alors, nous n’allons pas parler technique…
-Non. Je veux comprendre autre chose de bien plus important. Pourquoi nos créateurs, qui se nomment eux-mêmes nos gardiens voudraient nous détruire ?
-Ce n’est pas un but en soi. Mais jamais une menace plus grande que l’homme n’a pesé sur l’humanité.
-Mais c’est à nous d’en décider, nous avons notre libre arbitre, rappelez-vous, la connaissance du bien et du mal…
-Vous savez que ce que vous faites n’est pas bien et pourtant, vous le faites malgré tout. Il ne suffit pas de savoir, il faut agir en conséquence. Actuellement, vous êtes l’espèce la plus dangereuse pour l’univers.
-Alors il ne fallait pas nous créer ! S’emporta Olivier.
-Mais nous ne vous avons pas créés.
-Mais vous avez dit que…
-Non. Je n’ai jamais rien dit de tel. C’est d’ailleurs même très exactement le contraire… Olivier l’observa avec insistance. Il cherchait une trace de moquerie sur le visage d’Osiris. Il n’en décela aucune.
-Réfléchissez une seconde. Je cite : « Yahvé dit : « Que mon esprit ne soit pas indéfiniment responsable de l’homme, puisqu’il est chair ; sa vie ne sera que de cent vingt ans. » Les Nephilim étaient sur la terre en ces jours-là ( et aussi dans la suite) quand les fils de Dieu s’unissaient aux filles des hommes et qu’elles leur donnaient des enfants ; ce sont les héros des temps jadis, ces hommes fameux. » Et tout de suite après : « Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. », « Et Yahvé dit : « Je vais effacer du sol les hommes que j’ai créés car je me repens de les avoir faits. »
-Je ne saisis pas.
-Vos textes fondateurs ont relaté par écrit des traditions orales qui elles-mêmes racontent des événements qui se sont réellement produits. Mais justement à force de transmission orale, de petites erreurs se sont accumulées au point que la chronologie des événements est totalement faussée. Donc commençons pas le commencement : le paradis original a bien existé, mais pas au sens où vous l’entendez. C’était une civilisation humaine extrêmement avancée technologiquement. Le péché originel a bien eu lieu : l’homme a commencé à vouloir modifier son ADN. Et le fait est qu’il a réussi. Il est devenu savant et disons immortel pour simplifier les choses. Mais il n’a cessé de se multiplier. Il est donc parti à la conquête de nouvelles planètes où s’établir. Mais la nature profonde de l’homme est ce qu’elle est. Des guerres ont éclaté. Elles ont été meurtrières et destructrices. La civilisation première était dirigée par un conseil de sages. Les Heloim. Après en avoir longuement discuté, ils ont demandé aux scientifiques de modifier deux ADN. Pour un petit nombre de personnes, la longévité ne devait pas être altérée, mais les capacités émotionnelles devaient être réduites au minimum. De même, ils ne devaient plus pouvoir se reproduire. Voilà comment l’homme a créé ses gardiens. Nous avons pour mission de réguler les activités humaines dans l’univers. Notre première tâche a été de rendre l’humanité mortelle. C’est un mal doublement nécessaire, non seulement pour limiter son expansion, mais aussi pour qu’il n’ait pas matériellement le temps d’acquérir à nouveau les connaissances qui ont précédemment causé sa perte. A peine avions-nous fait le nécessaire de ce point de vue qu’une nouvelle attaque visa la terre et détruisit cette civilisation. Nous avons fait le nécessaire pour que partout dans l’univers, les hommes perdent ce savoir qu’ils étaient incapables de maîtriser. Nous préservons l’équilibre humain universel. Parfois, comme cela sera bientôt le cas, nous nous laissons surprendre par une évolution plus rapide. C’est alors qu’arrivent ces grands cataclysmes destructeurs de civilisations que vous n’expliquez jamais autrement que par le hasard.
-C’est insensé ! Vous êtes en train de dire que l’homme a décidé de son plein gré de renoncer au savoir et à la vie éternelle ?
-C’est exactement cela. Dieu est mort. Parce que l’homme est Dieu et qu’il est dans la nature de l’homme d’être mortel.
-Mais vous…
-Un humain sans émotions n’est qu’une machine.
-Soit, mais depuis que nous nous parlons, j’ai bien vu que vous montrez des sentiments.
-C’est pour cela que tout gardien en contact prolongé avec l’homme doit mourir. C’est une faute impardonnable.
-Je crains qu’Enroy…
-Ni lui ni personne ne pourra aller à l’encontre de ce qui va se produire.
-Il a injecté votre ADN à l’un de ses hommes.
-Votre ADN ne peut pas s’y adapter. Cet homme va développer un cancer foudroyant.
-Mais si un jour l’homme devenait plus sage, s’il décidait que la protection des gardiens n’avait plus lieu d’être ? Osiris rit.
-Au milieu de la masse des humains, il se trouve parfois des hommes d’une grande sagesse. Je vous ai dit que nous ne nous reproduisions pas. Nous proposons alors à ces hommes de devenir des gardiens…
-Mais vous avez dit que notre ADN ne peut pas s’adapter au vôtre…
-Pas en l’état actuel de vos connaissances. Donc si un jour l’ensemble des gardiens, qui ne sont au final que des humains, décident que l’humanité est apte à disposer d’elle-même, ce qu’elle fait déjà, du reste, vous en conviendrez, nous cesserions toute activité. » Brusquement, Osiris se tut. Quelque chose d’inexplicable venait de modifier l’atmosphère. Olivier ressentit plus qu’il ne vit une lumière intense. Il sentit une curieuse sensation de chaleur envahir son corps. Une chaleur intense et sourde jaillie du néant. Il lui sembla qu’il avait été aveuglé. Malgré ses efforts, il ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Il sentit de curieux picotements sur toute la surface de son corps. Soudain, il se sentit littéralement projeté contre le sol par un souffle d’une puissance incroyable. Il sentit une foule de débris s’abattre autour de lui et sur son corps déjà meurtri. Une brève seconde, il parvint à ouvrir les paupières. A quelques pas de lui, Osiris gisait, atrocement mutilé. Il était littéralement écorché vif. Un fer à béton saillant d’un bloc qui s’était détaché du mur était fiché dans sa gorge. Olivier fut alors envahi par une étrange sensation, faite de froid et de fatigue intense. Il ne chercha pas à lutter.

FIN

Publié dans Dieu est mort

Commenter cet article

angedra 28/10/2014 12:41

Très intéressant, captivant jusqu'au bout. L'idée de démontrer ainsi la folie de l'homme...