Pendant plus d’un mois, chaque soir

Publié le par Sandrine

Pendant plus d’un mois, chaque soir, Claude se promenait aux abords de l’église, discrètement suivi par une voiture dans laquelle deux hommes en civil l’observaient et le filmaient. Chaque soir, il soupirait à vingt heures trente, lorsqu’il poussait la porte de la maison où Olivier l’attendait, retenant son souffle. Les yeux tournés vers le ciel, il n’y voyait plus la beauté des étoiles, mais une sourde menace. Mais plus les jours passaient, plus le danger semblait s’éloigner et il en vint même à se demander quelle folie collective avait bien pu le pousser à se prêter à ce jeu macabre. Olivier, de son côté, avait eu pour mission d’exposer sa théorie sur le Net. Enroy et lui croyaient fermement qu’à force de persuasion, ils parviendraient à préparer la population à la découverte effrayante qu’elle ne manquerait pas de faire prochainement. A part quelques contacts avec des uluberlus qui avaient manqué une occasion de consulter un psychiatre, Olivier ne suscita que des insultes et des moqueries. Il enrageait de ne pouvoir prendre part à une action plus physique. Il avait reçu sa prothèse, mais il était trop malhabile pour pouvoir quitter son fauteuil. L’équipe médicale, bien que séduite par la volonté farouche qui le poussait à des efforts presque surhumains pour se déplacer sur ses deux jambes, devait sans cesse le ramener à la raison et lui rappeler que l’apprentissage qu’il subissait nécessitait du temps. Claude tâchait de se faire discret, mais sa présence aux abords de l’édifice religieux lui valait les regards furieux des fidèles et quelques réflexions désobligeantes. Un soir, il dut même s’expliquer auprès du curé qui vint à sa rencontre en le menaçant d’appeler les forces de l’ordre, son attitude étrange constituant à son sens un trouble à l’ordre public. Il répliqua, glacial, lui expliquant qu’il était sur la voie publique et que rien ni personne ne pourrait l’empêcher de venir se recueillir près du lieu où il avait vécu tant de choses avec sa femme et son fils. Furieux, le prêtre avait tourné les talons et ne s’était plus adressé à lui. Peu à peu, on cessa de le regarder. Il devint transparent.

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Publié dans Dieu est mort

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