Alain se réveilla au son de la télévision...

Publié le par Sandrine

Alain se réveilla au son de la télévision. Dorénavant, il ne l’éteignait plus. Ainsi, il avait la sensation de n’être pas tout à fait seul. Il n’avait rien de précis à faire aussi prit-il ses affaires de sport et se rendit-il à la salle de musculation qu’il fréquentait habituellement. Il pratiquait avec assiduité ses exercices tout en écoutant ce qui se disait autour de lui. Les gens avaient peur. Ils ne savaient pas de quoi au juste, et c’était finalement cela leur plus grande angoisse : l’inconnu ! Ne pas savoir qui était visé ni pourquoi les déstabilisait énormément. Alain soupira. Il lui aurait fallu trouver une solution pour s’expliquer. Mais c’était impossible sans prendre le risque de se dévoiler. Aujourd’hui, rien n’était vraiment anonyme. Il fallait à tout prix que le public finisse par comprendre seul. Qu’il fasse le lien entre les délits contre la laïcité commis et les meurtres. Mais qui aurait l’idée d’aller fouiller dans la vie des victimes ? Il n’était pas évident que quelqu’un trouve le lien qu’il y avait entre elles… Il lui restait la solution de s’en prendre aux symboles… Mais cela impliquait de tuer des innocents, et il s’y refusait. Il défendait un idéal, il n’était pas un meurtrier psychopathe. Il fallait donc multiplier les exemples pour que la leçon soit apprise. Peut-être que quelqu’un d’assez clairvoyant se dirait que les mêmes causes produisent nécessairement toujours les mêmes effets et s’intéresserait aux causes plutôt que de gémir sur les effets qui en résultaient… Mais multiplier les actions, c’était aussi multiplier les risques. Certes, le destin l’avait servi jusque là, mais il ne pouvait se fier au bon vouloir du hasard. Il serait donc plus méthodique… Il rentra chez lui et tâcha de tuer le temps jusqu’à ce que la nuit tombe. Il avait de la chance, en janvier cela se produisait de bonne heure. A dix neuf heures, il prit son matériel et sortit. Il roula pendant quelques kilomètres. Au nord. Ce soir, ce serait le premier secteur. Il roulait doucement observant ce qui se passait autour de lui, se garant près des lieux passants et examinant l’attitude de chacun. Longtemps, il ne remarqua rien. Il était d’autant plus patient qu’il avait une nouvelle exigence : pas de juifs, pas de musulman. S’il voulait se faire comprendre, il fallait qu’il sorte des clichés racistes. Ca s’avérait a priori compliqué. Et pourtant, les actes islamophobes et antisémites se multipliaient, ils n’étaient quand même pas les seuls à se taper dessus ? La bêtise étant la chose la mieux partagée au monde, il devait impérativement y avoir d’autres confessions qui bafouaient la laïcité… Restait à leur mettre la main dessus. Pour la première fois, il ressentit une certaine lassitude. Il était vingt trois heures trente, quand il emprunta une petite ruelle dans laquelle tout semblait fermé. Il vit un homme qui marchait. Il attira immédiatement son attention parce qu’il portait un casque de moto intégral. Il se gara et l’examina plus attentivement. L’homme semblait ne pas avoir conscience de sa présence. Il tenait un marteau dans sa main droite et se dirigeait résolument vers la vitrine d’une librairie. La lumière était éteinte mais le rideau métallique était relevé. Il devait y avoir quelqu’un à l’intérieur. Alain se tenait prêt à agir. Il vit l’homme lever le bras au-dessus de sa tête et laisser retomber le marteau dans la vitrine. Elle explosa. Il entendit l’homme hurler : « Les juifs, on vous aura ! » Le doute n’était plus permis. Alain tira, l’homme s’effondra. Il démarra. Il roula pendant quelques temps, se demandant s’il devait en rester là pour cette nuit. Il y avait tellement à faire… Mais il n’était pas un tueur. Il fallait laisser à chaque punition le temps de pénétrer dans l’esprit des gens et produire ses fruits. Il fallait leur laisser le temps de la réflexion. Ils avaient besoin d’apprendre et de se corriger. Ce ne serait pas immédiat. Satisfait, il rentra chez lui.

Publié dans Charlie profané

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