Charlie profané

Publié le par Sandrine

Si vous parlez à Dieu, c'est que vous êtes croyant.

S'il vous répond, c'est que vous êtes schizophrène.

Docteur House

Il était onze heures. La télé relayait en boucle la même information : un attentat venait de se produire dans un journal satirique dont le siège se situait en plein Paris. Plus d’une dizaine de personnes avaient perdu la vie. Il s’agissait d’un attentat perpétré par des islamistes. C’était une absolue certitude. Alain posa sa bière en soupirant. Eric dévisagea le colosse blond au regard d’acier avec qui il était ami depuis sa plus tendre enfance. Il l’impressionnait toujours autant. Il était assis dans le canapé à quelques mètres de lui et pourtant il percevait la tension de ses muscles, la crispation de sa mâchoire. Il le vit tapoter sa cuisse du bout de ses doigts. Alain venait de prendre une décision. Eric le couva d’un air interrogatif. Alain se leva et se dirigea vers le placard de l’entrée sans paraître lui prêter attention. Il fouilla longuement parmi les vieilleries accumulées et déposa derrière lui un carton. Il le transporta sur la table basse au plateau de verre et l’ouvrit.
« -Il est temps. Dit-il à Eric en étalant sur la table le contenu du carton. Eric frémit en découvrant deux arbalètes, un moule en plâtre et deux carquois étrangement rembourrés.
-Qu’est-ce que c’est que tout ça ?
-Ne te fais pas plus bête que tu n’es. Tu le vois bien ! Et nous en avons déjà parlé. Eric planta son regard dans le sien. Il y lut une détermination sans faille.
-Attends, attends… Ce n’étaient que des idées…
-La porte est ouverte. Rien ne te retient. Eric serra les poings.
-Tu ne vas pas faire ça. C’est de la folie !
-Je l’ai déjà fait… Lui rappela-t-il. Eric s’empourpra jusqu’à la racine des cheveux.
-Oui, mais c’était différent… Alain leva un sourcil étonné.
-Différent ? Et en quoi ?
-C’était…
-Strictement attaché à nos petites personnes. Répliqua-t-il, cassant. Où était la noblesse ? Où était le courage ? Ce qui se joue aujourd’hui est sans commune mesure… C’est bien au-delà de nous.
-Tellement au-delà que je t’avoue que je ne vois pas en quoi nous sommes concernés. Je ne vois sincèrement pas en quoi nous aurions une quelconque légitimité…
-Ne vois-tu donc pas ce qui se passe ?Le simple fait d’être humain nous donne toute légitimité. Eric nia tristement.
- Nous avons une dette envers la société. Lui rappela Alain. Il est temps de la solder…
-Nous n’en contracterions qu’une plus grande…
-De quoi as-tu peur ?
-De me faire juge et partie… De me prendre pour Dieu et de n’être qu’un singe…
-C’est si nous ne faisons rien, si nous laissons la barbarie et le désespoir s’installer que nous perdrions notre statut d’humain !
-Alain, je sais ce que je te dois… Commença Eric plaintivement.
-Alors tu sais ce que tu dois faire. Pas pour moi, pas pour toi, mais pour l’homme. Ne cède pas à la peur. Elle obscurcit le jugement. Il y a belle lurette que nous avons vendu nos âmes au diable… Que risquons-nous de plus ?
-De perdre toute humanité.
-Au contraire, Eric. Tu sais bien que c’est tout le contraire.
-Et à part nous, qui le saura ? Quand bien même nous nous justifions à nos propres yeux, quelle garantie avons-nous que nous serons compris ? Alain soupira lourdement.
-Nous en avons déjà parlé mille fois… Jamais nous n’avons trouvé un argument contraire à notre théorie. Les événements eux-mêmes se précipitent et nous donnent raison. A quoi sert-il de comprendre ce qu’il se passe si nous n’intervenons pas pour éviter la catastrophe que nous avons vue se profiler ?
-Et si nous nous trompions en fin de compte ? Et si quelque chose nous avait échappé ?
-Vivre est un risque perpétuel… Sitôt que tu nais, tu prends le risque de mourir. Répondit-il avec fatalisme.
-Ce ne sont que des mots. Soupira Eric en désignant le matériel déposé devant lui. Tout cela n’était qu’un rêve malsain qui nous a permis de dépasser ce qui s’est passé…Nous n’avons pas le droit…
-Nous n’en avons pas le droit, nous en avons le devoir ! Rugit Alain. Tu m’entends ? C’est notre devoir !
-C’est de la folie pure ! Crois-tu que tu sois vraiment le seul à te sentir investi d’une mission supérieure ? A ton à vis, pourquoi ont-ils fait ça ? Lui demanda Eric en désignant l’écran de télévision d’un geste large de la main.
-Dois-je sans cesse répéter les mêmes choses pour que tu comprennes… Lui dit-il avec une extrême lassitude.
-Rassure-toi. Je comprends parfaitement ce que tu dis. Mais de la théorie à la pratique, il y a un pas que je suis plus que réticent à franchir…
-C’est de la lâcheté !
-Non, c’est la raison.
-Si c’était vraiment la raison qui te guidait, nous serions déjà en train de faire le nécessaire. Alors je vais répéter une dernière fois… Si tu n’es toujours pas persuadé de la nécessité de prendre les choses en main, nous n’avons plus rien à nous dire. Eric se crispa. Il était tiraillé entre son devoir de loyauté envers Alain et l’horreur du sort qui l’attendait. Alain se planta résolument face à lui.
- Nous face à une guerre de civilisation. Trois camps s’affrontent. La chrétienté s’est suicidée au dix-huitième siècle en niant les miracles et le diable. Une religion qui n’a plus de merveilleux à offrir à ses fidèles n’a plus de raison d’être. La société laïque leur offre déjà tout l’ordre moral dont ils peuvent avoir besoin. Le judaïsme est en plein renouveau. Cette religion a su renaître de ses cendres avec l’avènement d’Israël et c’est une religion jeune, puissante et conquérante. Mais les conquêtes ne se font jamais autrement qu’aux dépens d’un tiers. L’islam bien qu’à peu près aussi ancienne s’est vue remettre en selle par le judaïsme qui a entrepris son renouveau à ses dépens. Le merveilleux de l’Islam par la violence de ses manifestations fascine littéralement tous ceux à qui la laïcité n’a rien à offrir. Ces deux camps s’affrontent violemment. Les laïcs sont pour l’instant un dommage collatéral. Mais bientôt, ils vont s’apercevoir que la laïcité n’a pas les moyens de les combattre. Ils la considéreront alors comme une proie facile. La seule solution pour tenter de sauver le monde est d’installer le merveilleux dans le monde laïc. Or, cela ne peut se faire autrement que dans le sang.
-Te rends-tu compte que si quelqu’un d’autre que moi t’écoutais, il te prendrait pour un raciste, antisémite, islamophobe ?
- C’est en cela que je te parle de sacrifice. Non seulement nous mourrons, mais nos mémoires seront honnies.
-Tu assumes donc ces haines…
-Non. Je ne voulais pas perdre de temps à revenir une fois de plus sur ce sujet. Les religions m’indifférent profondément. Il n’existe pour moi que des humains dont le droit essentiel est de vivre en pensant ce qu’ils veulent sans avoir à risquer leur vie pour ça. Et c’est ce que la laïcité avait presque réussi à accomplir. Aidé de la science, l’homme avait tué le merveilleux et la sagesse qui seule peut permettre le véritable vivre ensemble était enfin à portée de main. Et aujourd’hui, ce sursaut de délire mystique remet en cause des siècles de combat silencieux et sans violence. Tous les discours que nous pourrions faire pour inciter l’homme à la raison seraient inutiles. L’être humain a besoin de merveilleux autant que de nourriture. C’est la seule chose que la laïcité n’a pas pu lui fournir. C’est notre seule faiblesse.
-Et quand bien même je te suivrais dans ton raisonnement, que pourrions-nous y faire, nous qui ne sommes que deux ?
-Un seul homme suffit. Il suffit d’accepter le sacrifice.
- C’est de la folie.
-Ce que toi, tu appelles folie, c’est cela le merveilleux dont je te parle.
-Le seul écueil que je vois, c’est qu’en agissant ainsi, les haines vont se cristalliser et que ceux qui sont déjà radicalisés vont alors trouver une justification à leur délire.
-C’est un risque. Cela peut aussi renforcer les plus timorés dans la conviction que l’on peut agir pour qu’un véritable vivre ensemble s’instaure. Mouton ou boucher, il faut choisir, et l’on voit bien que depuis de nombreuses années, ce sont toujours les mêmes qui tiennent le manche du couteau. Ne te voile pas la face. Ce qui s’est passé aujourd’hui est d’une extrême gravité. La liberté d’expression est devenue une cible majeure. Aucune armée au monde ne peut la protéger. Il n’y a pas d’ennemi clairement défini. Bientôt ce sera la terreur, l’hystérie collective et la guerre civile. Il n’est plus temps d’être tiède. Eric se massa les tempes. Tu hésites encore. Releva amèrement Alain. Tu es comme eux. Tu vois bien que les discours seuls n’ont pas le pouvoir de donner aux gens le courage de s’opposer à ce qui les attend. Seule la force de l’exemple peut frapper les consciences. Eric se leva et prit sa veste.
-Laisse moi un peu de temps ! C’est une lourde décision. Alain éclata d’un rire cynique.
-Tu n’as ni famille ni amis. Tu n’as pas de responsabilités professionnelles qui te rendent indispensable. Dis-moi à qui d’autre vas-tu penser qu’à ta petite personne ? Alain se tut brusquement et le dévisagea.
-Je te donne jusqu’à lundi. Après, j’agirai seul. Ne te méprends pas Eric. Je n’ai pas besoin de toi. J’avais simplement envie de partager cette aventure avec toi.
-Je sais ce que je te dois… Souffla-t-il faiblement.
-Il n’est pas question de cela. Tu ne me dois rien. J’ai agi en mon âme et conscience et je n’ai ni remord ni regret. Je n’ai pas non plus besoin d’une quelconque reconnaissance. Je te demande simplement de faire ce qui est juste. Si le monde entier s’abrite derrière de bons sentiments et ne réagit plus au nom de ce foutu principe de précaution, nous courrons à notre perte et les heures les plus noires de l’obscurantisme religieux que nous avons déjà connues avec l’inquisition vont nous engloutir dans des ténèbres insondables. Ce n’est pas l’avenir de l’humanité tel que je peux le concevoir. Aujourd’hui, ces hommes ont été exécutés pour une plaisanterie. Une simple blague, d’aussi mauvais goût qu’elle soit. Que demain un crétin décide que l’on doit abandonner la médecine parce qu’il faut s’en remettre à Dieu et… Céderons-nous ?
-Laisse-moi quelques jours. Alain le toisa tristement.
-Tu prends des risques que tu ne mesures pas en différant l’action… J’espère te voir lundi !
-Je ne sais pas.
-Alors je ne peux rien pour toi. »
A peine Eric avait-il fermé la porte derrière lui qu’Alain se rendit à la cuisine et se mit à l’ouvrage. Depuis longtemps, il avait évalué le risque que représentait chaque geste. Patiemment, nuit après nuit, il avait élaboré un procédé de fabrication minutieux jusqu’à l’obsession. Et à présent, il le mettait en œuvre. Les minutes s’égrenaient à la grosse pendule qui surplombait l’évier. Puis ce furent les heures. Il faisait nuit lorsqu’il ferma la porte du congélateur. Il était prêt. Il eut un pincement au cœur en pensant à Eric mais se contraignit à chasser presque aussitôt l’image de son visage.

Lire la suite:

Il était dix heures trente. C’était vendredi...​

Lorsqu’il parvint au quatrième étage...

​Il était plus de vingt deux heures quand il prit congé...

Il était neuf heures en ce dimanche matin...​

Il croisa un petit groupe qui semblait plus agité que les autres...​

Il était quatorze heures quand Alain décida qu’il avait vu tout ce qu’il y avait à voir...​

La nuit tombait, Eric ne l’avait toujours pas appelé...

Il était neuf heures en ce lundi matin...​

Il était seize heures lorsque Serge...​

Il était dix huit heures trente. Alain rentrait du travail...​

Il était sur le point de s’offrir une petite bière...​

L’aube blanchissait à peine que déjà Serge rentrait de son jogging...​

En premier lieu, je tiens à vous présenter mes condoléances...​

Il était onze heures. Il pleuvait à verse à présent...​

Il était midi. Alain venait de finir sa journée...​

Il était vingt et une heures. Le grand rabbin...​

Eric éteignit sa télévision...

Mais vous êtes totalement irresponsable...​

Eric se réveilla à huit heures...​

Il était quatorze heures quand Serge entra dans la salle...​

Il était vingt deux heures, Alain regardait un débat...​

Serge enrageait devant sa télévision...​

Il était huit heures quand il sortit du laboratoire d’analyses...​

Alain finit sa journée à quatorze heures...​

Il était dix neuf heures quinze quand il arriva...​

Il était minuit et demi quand un groupe...​

Serge sortait de la douche...

Alain se réveilla au son de la télévision...​

Il était huit heures, Serge exultait...​

Comme toujours, Serge arriva après la fin de l’autopsie...​

Il était quinze heures lorsque Serge se rendit au domicile des Michaux...​

Excusez-moi, Monsieur…

De retour au commissariat, Serge avait demandé...

Il était vingt heures, Alain se préparait à partir...

Il roulait au petit bonheur la chance...

Il était huit heures. Serge avait reçu un coup de fil dans la nuit...

Il était dix heures quand il entra dans la morgue...

Le bar était vide...

Excusez-moi, je pourrais avoir un café bien fort ?...

Fenbeck était nerveux...

Mais enfin, il pouvait rester...

Lorsqu’ils revinrent dans le bar...

Il était midi quand il entra dans la chambre...

Serge sortit. Décidément, rien ne menait jamais à cet homme….

Il était vingt et une heures quand Alain rentra chez lui...

Lorsqu’ils parvirent sur le parking...

Il était sept heures et demie quand il se réveilla

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Commenter cet article

josephine 28/02/2015 14:32

Super ! j'attends le suite aussi avec impatience :-) à bientôt

COOK PARADISE 27/02/2015 12:02

CC, un petit passage… malheureusement, je ne lis pas sniffff
Bonne journée

Vanessa Rimes 06/02/2015 15:35

C'est extrêmement bien écrit, le vocabulaire est riche et ça rend la lecture tellement plus agréable, on se sent tellement impliqué dans l'histoire que je vais lire la suite immédiatement!!^^ Bonne continuation!!

flipperine 05/02/2015 13:36

ils ont des avis contraires tous les deux

flipperine 05/02/2015 00:14

vivement la suite

Martine85 02/02/2015 05:53

Lecture agréable, à bientôt pour la suite.....

la nonna 01/02/2015 20:14

j attends la suite avec impatience..