De retour au commissariat, Serge avait demandé...

Publié le par Sandrine

De retour au commissariat, Serge avait demandé à ce que Monsieur Benhamou soit convoqué à dix huit heures lui aussi. Il souhaitait une confrontation avec Madame Michaux. Il demanda à deux de ses collègues de l’assister pour que l’entrevue ne tourne pas au pugila. A l’heure dite, Madame Michaux se présenta. Elle était accompagnée de sa sœur et d’un avocat. Serge sourit intérieurement. Il accueillit l’avocat et sa cliente, mais quand sa sœur fut le point d’entrer, il la retint.
« -Je suis navré, Madame, mais votre présence n’est pas requise. Votre sœur a toute l’assistance dont elle a besoin en la personne de son avocat, dont elle n’a d’ailleurs pas besoin puisque personne ne l’accuse de quoi que ce soit… Lui dit-il avec une ironie doucereuse. La femme le toisa avec mépris.
-Vous n’avez pas le droit ! Lui cracha-t-elle au visage.
-Oh, que si ! N’est-ce pas, Maître ? Pris à témoin, l’avocat soupira et adressa un petit signe fataliste à la femme ulcérée. Elle se détourna vivement et alla s’asseoir juste à côté de l’entrée du bureau. Serge ferma la porte avec un sourire épanoui.
-Asseyez-vous, Madame Michaux. Si je voulais vous revoir, c’est que j’avais la sensation que vous n’aviez pas été franche avec moi tout à l’heure. Et je dois dire qu’entre temps, mes soupçons se sont confirmés…
-Que voulez-vous exactement ? Lui demanda-t-elle d’un air las.
-Attendez quelques minutes, nous attendons encore quelqu’un. Il ne devrait pas tarder. Il n’eut pas le temps de regarder le cadran de sa montre que l’on toqua. C’était Monsieur Benhamou. Entrez. Il ne manquait plus que vous. Vous vous connaissez bien tous les deux ? Madame Michaux détourna le regard. Monsieur Benhamou rougit violemment. Bon, je vois que les informations dont je dispose sont exactes… Vous avez eu une relation intime… Les choses ont mal tourné… Et un élément extérieur est venu transformer tout cela en drame… Alors je vais être très clair : pleurez Jonathan comme des adultes et faites en sorte que je n’entende plus parler de vous parce que votre attitude est déplorable. Vous, Monsieur, vous avez rapidement compris qu’il ne s’agissait pas d’un acte antisémite, mais d’une vengeance d’adolescent aussi bête que méchante mais somme toute bien innocente au regard de ce qui lui est arrivé. Quant à vous, Madame, que vous ayez prétendu que Monsieur était un menteur lorsqu’il a décrit les actes commis par votre fils, alors que vous saviez qu’il avait toutes les raisons d’agir comme il l’a fait, c’est inacceptable. Quelles que soient les raisons, vous n’avez pas à me mentir ni l’un ni l’autre. Vous faites obstruction à la justice pour des enfantillages et vous ralentissez une enquête qui vise à neutraliser un tueur en série. Pour cette fois, je vais être magnanime et ne pas demander que l’on vous poursuive. Mais vous avez pour le moins intérêt à vous tenir à carreau. La douleur n’excuse pas tout. Sortez ! » Madame Michaux se leva comme mue par un ressort. Elle se trouva devant la porte en deux enjambées et était sortie de la pièce le temps que son avocat salue Serge. Monsieur Benhamou était confus. Il n’osait lever les yeux de peur de croiser un regard réprobateur. Il sortit aussi discrètement qu’il le put. Serge prit la peine de raccompagner l’avocat qui s’était déplacé bien inutilement, alerté par les vraisemblables exagérations de la sœur de Madame Michaux lorsqu’elle lui avait exposé la situation. Elle lui jeta un regard assassin depuis l’angle du couloir et tourna les talons. Il fallait croire que sa sœur n’était pas encore passée aux aveux…

Publié dans Charlie profané

Commenter cet article