En premier lieu, je tiens à vous présenter mes condoléances...

Publié le par Sandrine

« -En premier lieu, je tiens à vous présenter mes condoléances et à vous assurer que nous mettons tout en œuvre pour trouver celui qui s’en est pris à votre fille. Le père approuva silencieusement. Pouvez-vous me parler un peu de sa relation avec Monsieur Hanouri ?
-Nous n’en savons pas grand-chose. Commença Monsieur Giordano d’une voix mal assurée. Sarah nous a présenté ce jeune homme il y a six mois. Nous ne sommes pas racistes, mais nous avons tiqué quand nous l’avons découvert. Sa grande barbe et sa tenue… exotique… Dit-il après une hésitation. Nous ont un peu heurtés pour tout vous dire. Nous avons fait part de nos réticences à Sarah mais elle a un fort caractère et bien évidemment elle ne nous a pas écoutés. Nous avons donc décidé de la laisser vivre cette relation en espérant que ce ne serait qu’une passade et nous n’avons plus évoqué le sujet. Nous n’avons pas pris la bonne décision… Deux mois plus tard, elle portait le foulard et nous a annoncé qu’elle s’était convertie. Ma femme est très catholique… Elle en a été malade. J’ai essayé de faire entendre raison à ma fille… Je lui ai expliqué que beaucoup de couples mixtes parvenaient à avoir une vie de couple épanouie sans pour cela que l’un des deux sacrifie ses convictions et ne se convertisse à la foi de l’autre… Je vous assure que je suis resté calme et mesuré dans mes propos. Elle ne m’a rien répondu. A l’heure du dîner, nous nous sommes aperçus qu’elle avait quitté la maison. Nous avons tenté à plusieurs reprises de prendre contact avec elle, mais elle a toujours refusé de renouer le dialogue… Sa voix s’éteignit doucement.
-Elle avait pourtant une vie sociale et professionnelle… Quelqu’un a sans doute essayé de lui ouvrir les yeux… Suggéra Serge.
-Sarah était comptable dans une grande société. Elle était très appréciée… Elle nous a d’abord dit qu’elle avait pris des vacances… Puis nous avons appris qu’elle avait démissionné. Donc, non, à ce moment-là, elle n’avait plus de vie professionnelle. Quant à sa vie amicale, il semblerait qu’elle ait fait le vide autour d’elle… Et nous n’avons rien vu ! Siffla-t-il entre ses dents. Ce Kalid de malheur l’a menée droit à sa perte ! Serge soupira. Il était inutile de perturber ces gens plus longtemps, il n’apprendrait rien de plus.
-Sarah ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Commença sa mère, tout en restant obstinément tournée vers la fenêtre. Elle était un peu excessive, voilà tout. Elle se serait aperçue de son erreur et elle serait revenue vers nous. Tout se serait bien terminé. Mais il a fallu qu’un fou la prive d’une seconde chance. Dites-moi, combien de parents vont devoir perdre leurs enfants avant que l’on se rendre compte que la folie la plus abjecte s’est emparée de nous tous ?
-Le moins possible, Madame, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour cela… Lui assura-t-il avec douceur. Elle tourna finalement la tête vers lui. Ses joues étaient couvertes de larmes.
-Ne me mentez pas. Ne vous mentez pas. Vous n’avez aucun pouvoir sur ce qui se passe. Si vous en avez, essayez d’abord de protéger vos enfants. » Serge était pris au dépourvu, aussi se contenta-t-il d’acquiescer gravement. Il salua le couple et inspira une grande bouffée d’air sitôt qu’il eût fermé la porte derrière lui. Il détestait ces débordements sentimentaux. C’était d’ailleurs plus par lâcheté que pour les épargner qu’il ne leur avait pas dit que Sarah était enceinte… Pas plus du reste qu’il ne leur avait montré les dernières images de leur fille qui semblait bien avoir embrassé la foi musulmane plus par conviction que par amour pour feu Kalid. Il jeta un œil à l’horloge.

Publié dans Charlie profané

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