Eric éteignit sa télévision...

Publié le par Sandrine

Eric éteignit sa télévision. Il essayait douloureusement de réprimer une violente nausée. Trois victimes innocentes avaient déjà fait les frais de la folie d’Alain et de sa lâcheté. Il s’empara de son portable sans vraiment savoir qui il voulait appeler. Alain pour le raisonner… C’était idiot. Il valait mieux au contraire feindre l’indifférence pour ne pas risquer d’attiser sa rage meurtrière. Le commissariat… L’avertissement d’Alain tournoyait comme un ouragan dans son esprit. Il posa par hasard les yeux sur la cicatrice au milieu du dos de sa main. Il y revit aussitôt le couteau qui l’avait transpercée. Non, décidément, c’était au-dessus de ses forces. Alain était malade. Ce n’était pas de sa faute. Il était profondément bon, là-dessus au moins, il était certain de ne pas se tromper. Il ne pouvait rien faire qui aille à son encontre. Pas après ce qu’il avait fait pour lui. Et pourtant… Comment vivre avec ce poids sur la conscience ? Cette épée de Damoclès qui le menaçait de trancher le dernier lien qui le retenait encore à la raison ? Eric posa le téléphone d’une main lasse. Peut-être Alain finirait-il par s’arrêter de lui-même ? Peut-être, plus vraisemblablement, se ferait-il arrêter ? Oui, mais au bout de combien de morts ? Et les conséquences qui s’ensuivraient pour lui seraient les mêmes que s’il prenait ses responsabilités et qu’il prévenait les autorités. Oui, mais ce serait une vile délation, une abjecte trahison… Le sang battait douloureusement à ses tempes. Il ouvrit le petit meuble qui lui servait de bar et en sortit une bouteille de whisky qu’il entreprit de vider avec acharnement. Il voulait mettre fin à cette torture. Il ne voulait plus penser. Comme toujours, il se contentait de ne rien décider. Comme toujours, il se terrait en attendant que tout cesse. Comme toujours, il fuyait…

Publié dans Charlie profané

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