Excusez-moi, je pourrais avoir un café bien fort ?...

Publié le par Sandrine

« -Excusez-moi, je pourrais avoir un café bien fort ? Je crois que l’alcool de bon matin ne me réussit pas…
-Ca ne réussit à personne, Monsieur…
-Mon ami a fait ce qu’il a pu… Il avait une mauvaise nouvelle à m’annoncer.
-Je ne juge pas, Monsieur. Je me contente de servir mes clients. Il n’était pas très communicatif, ce serveur… Et pourtant, Serge avait une envie folle de prononcer cette phrase à voix haute, juste pour voir une réaction se peindre sur ce visage inexpressif. Il attendit qu’il revienne avec le café.
-Il vient de me dire que j’ai un cancer du poumon. L’homme ne cilla pas.
-J’en suis désolé pour vous. Serge avait une envie inexplicable de le provoquer.
-Je sais que c’est interdit, mais il n’y a personne pour le moment, pourriez-vous m’amener un cendrier ?
-Vous venez de le dire, Monsieur : c’est interdit ! Je ne suis pas le patron ici. Je ne peux pas prendre de telles initiatives. Je risque ma place. En plus, dans votre état, ce n’est pas raisonnable, vous ne croyez pas ?
-Je voulais simplement me griller la dernière dans un cadre sympathique… Le serveur soupira. Il était encore tombé sur un félé ! Il fallait vraiment qu’il change de boulot… Il reprit sa place derrière le comptoir. Sans un mot, il plongea sous le comptoir. Il revint quelques secondes plus tard avec un cendrier qu’il déposa devant Serge.
-A titre exceptionnel. Lui signifia-t-il. J’espère que vous n’êtes pas flic. Serge lui sourit largement.
-Et pourtant, c’est le cas ! Mais je saurais faire preuve de clémence… Il piocha un petit tube de papier dans le paquet et tenta de l’allumer. Il s’aperçut que sa main tremblait. Il essaya d’affermir sa prise sur le briquet mais celui-ci refusa obstinément de fonctionner. Le serveur revint avec un petit paquet d’allumettes.
-Ca, ça fonctionne toujours. Lui dit-il en en grattant une. Il l’approcha de la cigarette. Serge lui tendit le paquet de cigarettes. L’homme parut réfléchir. Il finit par hausser les épaules et s’en servit une. Il s’assit face à Serge.
-Votre ami a l’air d’être en grande conversation…
-Il doit téléphoner à un confrère pour confirmer son diagnostic… J’avoue que je n’ai pas envie d’en savoir plus.
-Il va pourtant falloir, il faut que vous vous soigniez.
-Non, sérieusement, vous m’imaginez tout maigre et sans un poil sur le caillou ? J’aurais l’air d’un vieillard avant l’âge !
-C’est un moindre mal, enfin, ce n’est que ma façon de voir. Il s’interrompit brutalement et se leva d’un bond en voyant un homme entrer. C’était une espèce de viking blond. Il alla s’asseoir à la table située juste à côté de celle où était installé Serge. Il commanda un café et observa le paysage par la fenêtre. Le serveur revint s’asseoir face à Serge.
-Il n’y a pas grand monde ce matin… Nota Serge qui tentait de lier la conversation.
-Non. Ces temps-ci la fréquentation est en berne quelle que soit l’heure. Les gens ont peur. Le jour, à cause des attentats, et la nuit à cause du tueur à l’arc. Ils n’ont pas le cœur à faire la fête. Si ça continue comme ça, je vais perdre mon job.
-Je finirai par lui mettre la main dessus, même si c’est la dernière chose que je fais… Laissa échapper Serge dans un sourire. Le serveur lui adressa un regard intrigué. L’homme assis derrière eux sourit vaguement.
-Vous êtes en charge de cette affaire ? Serge se mordit les lèvres. Décidément, il ne tenait pas l’alcool.
-Oui, comme tout le commissariat.
-Ah… Le serveur écrasa sa cigarette dans le cendrier et regagna le comptoir. Fenbeck était de retour.
-Vous avez rendez-vous dans une demie heure chez un de mes confrères. Il vous fait une fleur. C’est le meilleur oncologue de Paris. Il se tut brusquement, gêné.
-Eh bien, ne soyez pas timide ! Dites-moi ce que vous avez à me dire…
-Me permettez-vous de rester avec vous ? Serge tapota sa cendre dans le cendrier.
-Oui, mais je ne vois pas ce que ça va vous apporter.
-Je ne sais pas. J’ai simplement l’impression que c’est ma place.
-Oh, la ! Mon ami, je n’ai pas encore changé d’orientation sexuelle…
-Moi non plus, rassurez-vous ! Nous devons y aller. Il veut que vous passiez une radio des poumons. Nous avons juste le temps de nous rendre au centre d’imagerie médicale juste à côté.
- On demande au serveur de nous garder la bouteille pour tout à l’heure ? J’ai l’impression qu’on va en avoir besoin… Lui suggéra Serge.
-Moi plus que vous, visiblement.
-C’est bien normal, moi, je ne comprends pas…. Enfin, je crois bien que je n’ai pas envie de comprendre… Et c’est une bonne chose tant que ça fonctionne. Allez, on va faire cette photo ! »

Publié dans Charlie profané

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