Fenbeck était nerveux...

Publié le par Sandrine

Fenbeck était nerveux. Il agitait sans cesse sa jambe alors qu’il était assis dans la salle d’attente. Serge le regardait d’un air amusé. Il ne comprenait visiblement pas la gravité de la situation. Un manipulateur vint l’appeler. Il le suivit sans se poser de questions. Fenbeck se rendit à l’accueil pour expliquer à la secrétaire l’urgence de la situation et lui demander d’établir les conclusions de la radiologie de Serge en priorité. Elle lui lança un regard mauvais. Elle n’aimait visiblement pas les passe-droits. Il insista cependant. Elle se rendit dans une salle attenante. Quelques secondes plus tard elle le gratifia d’un :
« -C’est bon ! Elle sera prête dans quelques minutes… » Relativement contrarié. Il alla se rasseoir et tenta de patienter. Serge reparut au bout d’une dizaine de minutes. Il semblait relativement serein. Fenbeck ne lui laissa pas le temps de se rasseoir et l’entraîna vers l’accueil. La secrétaire soupira en le voyant. Elle lui tendit une grande enveloppe de mauvaise grâce. Il la salua à peine et sortit sans attendre. Ils allaient être en retard. Serge le suivait sans poser de questions. Ils marchèrent pendant quelques minutes puis Fenbeck l’entraîna dans un vieil immeuble cossu. Il connaissait apparemment bien les lieux. Docile, Serge ne posait aucune question et se laissait guider. C’était une situation nouvelle pour lui. Mais elle lui convenait. Se sentir pris en charge n’était pas si désagréable, dans le fond. Il était ailleurs, ses pensées ne parvenaient pas à se fixer sur un sujet particulier. Il ne vit donc pas le viking qui les suivait à quelques mètres. Au troisième étage, Fenbeck sonna et entra. La salle d’attente était bondée, mais quand il annonça son nom, la secrétaire décrocha aussitôt son téléphone et les accompagna dans le cabinet du médecin sans attendre. Un petit homme joufflu au sourire jovial les reçut. Il serra chaleureusement la main à Fenbeck et adressa son plus beau sourire à Serge. Il les fit asseoir et s’empara d’autorité des radios que Fenbeck tenait à la main. Il alluma un écran blanc derrière lui et mit ses lunettes pour examiner les radios qu’il y colla. Il se rassit en soupirant au bout d’une poignée de secondes. Fenbeck s’était levé pour voir les clichés. Il se laissa littéralement tomber sur sa chaise. Son confrère lui adressa un regard désolé.
« -Monsieur, il n’y a pas de bonne façon de procéder…. Vous êtes gravement atteint… Vos poumons sont gravement métastasés… Nous arrivons trop tard. Serge lui souriait. Il entendait mais n’écoutait pas. Fenbeck le poussa du coude pour le faire réagir.
-J’ai entendu. C’est trop tard… Trop tard pour quoi, au juste ?
-Nous ne pouvons rien faire. Un traitement lourd serait inutilement contraignant et douloureux. Il vaut mieux ne rien faire dans l’état actuel des choses…
-Bon, ça me va…
-Monsieur, je crains que vous ne compreniez pas ce que je suis en train de vous dire… Vous allez mourir.
- Oui, oui…
-Serge, le cancer est trop avancé pour que nous puissions le soigner. Il ne reste que les soins palliatifs pour t’éviter de souffrir.
-Mais je ne souffre pas. Je n’ai que quelques poussées de fièvre… Modéra Serge.
-Pour l’instant… Le reprit le médecin. Il jeta un œil inquiet à Fenbeck. Tu peux sortir, s’il te plaît… Je pense que Monsieur a besoin d’entendre certaines choses sans se sentir trop épaulé. Faute de quoi il ne pourra pas comprendre. Il se repose trop sur toi. Fenbeck serra brièvement le bras de Serge et gagna la salle d’attente.

Publié dans Charlie profané

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