Il était dix huit heures trente. Alain rentrait du travail...

Publié le par Sandrine

Il était dix huit heures trente. Alain rentrait du travail. Sa journée à l’usine avait été éprouvante et sans intérêt, comme toujours. Il détestait son boulot, mais il le connaissait sur le bout des doigts et il ne s’était jamais posé la question de faire autre chose. Il posa ses clefs et son téléphone sur le meuble d’angle de l’entrée. Un bref coup d’œil à l’écran de son portable lui confirma ce qu’il savait déjà : Eric était toujours muet. Il se dirigea droit à la salle de bain. Il puait la sueur et il ne le supportait pas. Il se doucha longuement pour se débarrasser des derniers miasmes qui lui collaient à la peau. Il se rendit ensuite à la cuisine. Comme toujours, il n’avait pas vraiment faim, mais il prenait garde à sa nourriture pour entretenir sa puissante musculature. Manger comme dormir n’était pour lui qu’une perte de temps. En fait, tout ce qui touchait au corps n’était pour lui qu’un mal nécessaire auquel il ne s’adonnait que par habitude. Son plateau repas prêt, il s’installa dans le canapé et alluma la télévision. Il n’avait pas eu de véritable conversation de la journée. La télévision constituait son unique ouverture sur le monde. Il sélectionna une chaîne d’informations en continu. « Ce matin, dans un pavillon en plein Paris, deux corps sans vie ont été découverts par le voisinage. La police a été immédiatement appelée sur les lieux. Selon les premiers éléments dont nous disposons, les victimes seraient de confession musulmane et il s’agirait d’un acte criminel. Interrogé, le procureur a déclaré que l’enquête n’en était qu’à ses débuts et ne permettait pour l’instant de tirer aucune conclusion sur les motivations de ce qu’il faut bien appeler un double homicide. Notre expert en sociologie nous expliquera tout à l’heure s’il y a des raisons de croire que la confession des victimes est à l’origine de cet acte odieux. L’Imam de Paris appelle les musulmans autant à la plus grande prudence qu’à ne pas céder pour autant à la panique. Il a cependant demandé aux autorités de tout mettre en œuvre pour faire rapidement toute la lumière sur ce crime perpétré dans un climat d’autant moins sécure pour les musulmans que les actes islamophobes se multiplient. Des insultes en passant par les dégradations des lieux de culte ou les agressions physiques, les musulmans de France paient un lourd tribu aux amalgames qui semblent être faits entre l’Islam qui, il est bon de le rappeler, est une religion de paix et de tolérance, et la folie barbare des terroristes. Il a lourdement insisté sur un renforcement nécessaire de la sécurisation des fidèles qui se sentent si peu en sécurité et si unanimement rejetés que beaucoup d’entre eux songent à émigrer dans le seul objectif de mener une existence plus sûre et plus digne… » Alain sourit. La première étape dépassait toutes ses espérances.

Publié dans Charlie profané

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