Il était huit heures quand il sortit du laboratoire d’analyses...

Publié le par Sandrine

Il était huit heures quand il sortit du laboratoire d’analyses. Serge avait tenu parole. Même si la perspective de devoir suivre un traitement et de perdre son temps chez les médecins ne l’enchantait guère. Il alluma une cigarette et monta dans sa voiture. Il faisait beau. Il lui fallut moins de dix minutes pour arriver au commissariat. L’équipe de nuit finissait son service et celle de jour prenait la relève. C’était un remue ménage incroyable. Il préféra s’isoler rapidement dans son bureau. Il n’avait pas envie de s’entendre qu’il avait mauvaise mine et d’échanger les banalités d’usage. Il s’assit et le vit immédiatement. Sagement posé devant lui, le dossier du commissariat de Lyon l’attendait. Il s’étonna de cette rapidité. Il commença par la lecture du rapport du médecin légiste. Et ce qu’il vit le décontenança. Il ne s’agissait pas d’une flèche mais d’une lance de fusil harpon. Le fait que les crimes aient eu lieu dans une autre ville et avec une autre arme tendaient à prouver que ce n’était qu’une imitation. Il ne pouvait cependant exclure l’hypothèse que par excès de prudence le tueur à l’arc ait décidé de varier ses effets. Mais il vit aussi que le légiste avait trouvé un cheveu dans la plaie de l’une des victimes. Cheveu qui après analyses et comparaisons n’appartenait à personne qui n’ait été présent au moment des meurtres. C’était une erreur grossière. Il ne pouvait cependant exclure le facteur chance de tout cela. L’A.D.N. collecté grâce à ce cheveu avait été comparé au fichier des mis en cause. Il avait matché au bout de quelques heures seulement. Il s’agissait de Rémi Sabone, un fasciste notoire, souvent arrêté pour des rixes en pleine rue avec des maghrébins ou des juifs qui avaient eu le tort de croiser sa route et de respirer le même air que lui. Ca lui paraissait trop simple. Il ne pouvait s’agir de son homme, son instinct le lui criait. Il s’attaqua ensuite au rapport des policiers. Rémi Sabone avait été mis en garde à vue presque immédiatement. Il avait tout d’abord décidé de ne pas s’exprimer. Puis il avait craqué. Il n’était finalement ni très malin ni très solide. Il avait tout avoué et s’était même vanté de son forfait en invoquant les éternels arguments utilisés par les extrémistes de tout poil. Mais quand il s’était agi de vérifier son emploi du temps, la déception des collègues de Serge avait été cruelle. Il ne pouvait s’agir du même homme, il avait des alibis en béton. Et pourtant, il avait essayé de les réfuter et de s’accuser des trois premiers meurtres. C’était une bravade qui aurait pu lui coûter cher, mais il avait longtemps nié l’évidence fournie par les preuves. Serge soupira. C’était à la fois une bonne nouvelle parce qu’un meurtrier ne courait plus les rues impunément, mais c’était aussi une double catastrophe : non seulement son tueur à l’arc restait introuvable et aucune piste ne menait à lui, mais en outre, il avait réussi à fasciner suffisamment certains tordus pour leur donner l’envie de l’imiter…. Il prit son téléphone et demanda au procureur quelles étaient ses intentions. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’accueil qui lui fut réservé fut glacial.
« - Quelles instructions ? Vous tâchez de faire mieux que ce que vous avez fait jusque là et vous lui mettez la main dessus, que voulez-vous que je vous dise ?
-Oui, mais que va-t-il être dit à la presse ?
-A votre avis ? Mon confrère a eu un résultat, lui, il ne va pas manquer de le faire savoir ! Nous allons passer pour des incompétents notoires….
-Ce n’est tout de même pas de notre faute s’ils sont tombés sur un criminel amateur…. Répliqua Serge.
-Et ça vous paraît normal, à vous, que les flics soient moins professionnels que les voyous ? Se vit-il répliquer vertement. Il se mordit la langue pour ne pas répliquer.
-Mais, Monsieur le Procureur, je suis à votre disposition… Ordonnez et j’obéis ! Si vous avez une idée que je n’ai pas encore eue, un début de piste à exploiter, je m’y mets immédiatement. Seulement voyez-vous, je suis flic, pas devin et là, vous avez vu le dossier comme moi, nous n’avons rien !
-Excusez-moi…. Je m’emporte, mais mettez-vous à ma place, nous sommes tournés en ridicule…. Et cet homme risque fort de faire encore parler de lui… Si nous ne trouvons pas quelque chose, ce sera bientôt la panique générale.
-J’en suis conscient…. Mais je ne peux rien y faire. Nous ne pouvons qu’attendre en espérant qu’il se dévoile d’une façon ou d’une autre.
-Je sais. Faites de votre mieux. »

Publié dans Charlie profané

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