Il était midi quand il entra dans la chambre...

Publié le par Sandrine

Il était midi quand il entra dans la chambre dans laquelle la jeune femme avait été installée. Elle avait un plateau repas devant elle. Il était intact et elle l’avait repoussé. Elle avait les traits tirés. Elle parut surprise de voir quelqu’un.
« -Bonjour Mademoiselle. Je suis policier. On m’a avisé que vous aviez eu un malaise hier impasse du Royaume. Il se trouve que deux corps ont été découverts dans une rue adjacente à peu près à la même heure. Je voulais m’assurer que ces deux faits ne sont pas liés. La jeune femme détourna les yeux. Ah, c’est tout le contraire, on dirait. Allez, racontez-moi tout.
-Je ne sais pas… C’est compliqué…
-Mais non, tout est toujours beaucoup plus simple qu’on ne se l’imagine…. Comment allez-vous, pour commencer ?
-Ca va. Je n’ai rien. Quelques points à la tête. Ils me gardent en observation parce que j’ai perdu connaissance. Je devrais sortir prochainement.
-C’est une bonne chose. Mais vous ne vous êtes pas évanouie par hasard…. Qu’est-ce qui a bien pu vous faire peur à ce point ?
-J’ai été agressée par deux hommes…
-Pourquoi ?
-A cause de ce que j’ai sur la tête, il semblerait que ça ne plaise pas à tout le monde.
-Ce n’est pas une raison, ça. Voulez-vous porter plainte ? La jeune fille sursauta, piquée au vif.
-Pour quoi faire ? Vous venez de dire qu’ils sont morts. Si vous voulez que je parle, évitez de me prendre pour une idiote ! Serge sourit, contrit. Il avait fait une gaffe. Il manquait clairement de lucidité et de délicatesse.
-Ecoutez, nous ne sommes pas en état ni l’un ni l’autre aujourd’hui. Tout cela peut bien attendre quelques heures. Je vous laisse mes coordonnées et vous venez me voir quand vous sortez d’ici. Ca vous va ?
-Non. Je n’ai pas envie de perdre de temps avec ça. Je veux oublier le plus vite possible. Si je ne reprends pas mes habitudes rapidement, je n’aurais plus le courage de sortir de chez moi… Je commence à en avoir assez de ne pas pouvoir faire un pas dans la rue sans qu’on me regarde de travers. Je n’ai rien fait à personne, moi ! Je travaille, je mène une vie tranquille… Qu’est-ce qu’il leur faut de plus ?
-Rien. On ne peut pas faire grand-chose contre les imbéciles. Et ils ont l’avantage du nombre… Soupira-t-il.
-On peut dire que vous savez remonter le moral des troupes…. Releva-t-elle, acide.
-Vous préférez finalement que je vous mente ? Elle leva les yeux au ciel.
-Bon, je vous dis tout, vous avez gagné. Comme ça vous me ficherez la paix plus vite.
-C’est un fait. Lui concéda-t-il, beau joueur.
-Je revenais du travail. Je marchais tranquillement. Une voiture a ralenti à ma hauteur. Deux types ont commencé à m’insulter. Je ne me suis pas retournée. Puis ils ont continué. Là, j’ai eu le tort de le faire. Ils sont descendus de leur véhicule, m’ont attrapée avant que j’aie eu le temps de penser à fuir. Ils m’ont plaquée contre un bâtiment. L’un d’eux me tenait pendant que l’autre approchait un couteau de mon visage. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. J’ai fermé les yeux une seconde. J’ai senti que la pression sur mon bras s’arrêtait. Les deux hommes étaient allongés à mes pieds. L’un d’eux avait la gorge pleine de sang. Le second avait un objet translucide dans la poitrine. Je me suis enfuie. J’ai couru pendant quelques mètres…. Et j’ai perdu connaissance. Je me suis ouvert le crâne en tombant et me voilà ici.
-Vous n’avez donc rien vu ou rien entendu concernant… L’agresseur de vos agresseurs…
-Non. Mais il m’a sauvé la vie. C’est ma seule certitude. Sans lui, ils m’auraient au minimum défigurée. Je ne sais pas qui il est ni pourquoi il a fait ça… Mais pour moi, c’est quelqu’un de bien. C’est égoïste, je sais. On ne doit pas se faire justice soi-même, je sais. Mais je m’en contrefiche. Serge ne put qu’approuver.
-Bien. Je vais taper le procès-verbal contenant tout ce que vous venez de me raconter. Vous passerez au commissariat pour le signer.
-Oui… Ne lui dites rien, par contre.
-A qui ?
- Mon père…
-Et que voulez-vous qu’il fasse, ce pauvre homme ?
-Qu’il me boucle à la maison pour me protéger. Les musulmans ne cachent plus leurs femmes par conviction religieuse ou par jalousie aujourd’hui. Mais pour les protéger. Dans tous les cas, nous ne sommes jamais libres. Et ce n’est jamais à cause de nous…. Je n’ai pas vraiment envie de continuer à vivre comme ça…
-Vous n’avez pas vraiment le choix.
-Non. Mais je peux quand même dire que ça ne me plaît pas.
-Il ne saura rien. Vous êtes majeure, vous gérez vos affaires comme vous l’entendez.
-Merci. Lui dit-elle faiblement avant de détourner la tête, lui faisant ainsi comprendre que l’entretien était terminé.
-Merci à vous. »

Publié dans Charlie profané

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