Il était neuf heures en ce lundi matin...

Publié le par Sandrine

Il était neuf heures en ce lundi matin. Serge Rovanello avait été appelé en urgence suite à la découverte de deux corps sans vie par une voisine qui regrettait amèrement son excès de curiosité. Il fulminait. Il était théoriquement en repos. Mais les ordres avaient été sans appel. Avec l’entrée en vigueur de Vigipirate, aucun repos ne tenait plus. Il attendait le légiste depuis un bon quart d’heure. Il avait froid. Il était décidément d’une humeur massacrante. Pour tuer le temps, il déshabilla du regard l’agent de police qui avait procédé aux premières constatations et à l’installation du périmètre de sécurité. Il fallait admettre que cette jolie blonde lui plaisait bien : une quadragénaire mince et sensuelle aux longs cheveux disciplinés en un lourd chignon et des petits seins qui pointaient sous son uniforme. Il aurait pu facilement l’accoster et il regrettait presque que les circonstances ne s’y prêtent pas. C’était un homme brun de taille moyenne au visage rond et intelligent. Il portait un costume sobre et accordait une attention toute relative à ce qui se passait autour de lui. On aurait pu le prendre pour quelqu’un qui se serait retrouvé là par hasard. Il était difficile de lui donner un âge et il en jouait souvent, n’avouant que rarement ses cinquante printemps. Malgré son apparence fort commune, c’était le meilleur flic qui soit et c’est ce qui lui valait d’avoir perdu son jour de repos pour se retrouver à faire le pied de grue par ce froid glacial. Il poussa un soupir à fendre l’âme. Il ne supportait pas de perdre son temps. Il était presque à bout de patience lorsqu’il vit le docteur Fenbeck traverser la rue. Il le connaissait depuis longtemps. Il appréciait son professionnalisme brut et rigoureux et c’est avec un plaisir sincère qu’il serra la main ferme que le sexagénaire filiforme lui tendit.
« -Qu’est-ce qu’on a ? Lui demanda le légiste en mettant ses lunettes.
-Un couple… Pour le reste, on n’a touché à rien.
-Voyons ça de plus près. Il s’accroupit près de la femme. Elle était allongée sur le côté. Il la repoussa doucement sur le dos. Une tâche rouge s’étalait sur son corsage, juste au niveau du cœur. Le tissu était troué. Le médecin tiqua. La plaie était trop petite pour une lame et ne ressemblait en rien à celles que causaient les balles. Il écarta légèrement le tissu pour examiner les bords de la plaie. A nouveau, il eut une expression de surprise.
-Qu’est-ce qui vous chagrine ? Lui demanda Serge.
-On dirait que les chairs sont brûlées par le froid… Lui répondit-il tout en faisant signe aux brancardiers qu’ils pouvaient enlever la dépouille. Il pivota sur lui-même en grimaçant pour observer l’homme qui gisait à ses pieds, le visage contre le gravier de l’allée. Son arthrose le faisait souffrir. Il finit par s’agenouiller pour soulager son dos. L’homme présentait une plaie à la gorge, comme si un projectile de petit diamètre l’avait traversée de part en part, de droit à gauche. Le médecin fouilla dans sa mallette, en sortit un thermomètre et prit la température du corps.
-Alors ? L’interrogea Serge qui s’était penché sur son épaule.
-Je dirais hier en début de soirée… Pour le reste, il va vous falloir un peu de patience. Passez me voir en milieu d’après-midi.
-Je suppose qu’il ne s’agit pas d’un accident… Releva Serge, acide. Il avait remarqué le tchador de la femme et la djellaba de l’homme et dans le contexte actuel, cela ne l’enchantait guère.
-On ne peut décidément rien vous cacher ! Se moqua gentiment le légiste qui partageait son sentiment. Qu’en disent les voisins ?
-Comme d’habitude : rien vu, rien entendu. Un couple charmant et serviable… Ce qu’on dit toujours lorsque l’on découvre son voisin raide mort sur le paillasson.
-La routine, en somme. »

Publié dans Charlie profané

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Les Recettes d'Alicia 07/02/2015 14:58

Je ne suis malheureusement pas très amatrice de lecture, entre autre par manque de temps, mais merci pour ta visite sur mon blog.
A bientot