Il était onze heures. Il pleuvait à verse à présent...

Publié le par Sandrine

Il était onze heures. Il pleuvait à verse à présent. Il se rassit juste au moment où un violent vertige s’emparait de lui. Puis une bouffée de chaleur le jeta au bord de la suffocation. Ce malaises étranges étaient apparus il y avait quelques semaines et se produisaient de plus en plus souvent. A chaque fois, il se disait qu’il fallait qu’il consulte. Mais les symptômes disparaissaient rapidement et il oubliait tout aussi vite la résolution qu’il avait prise quelques minutes auparavant. Il dégrafa les boutons du col de sa chemise et se contraignit à respirer lentement et profondément. Moins de cinq minutes après, tout était rentré dans l’ordre. Il entendit trois coups frappés presque rageusement à la porte.
« -Entrez ! Cria-t-il.
-Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu ne m’as pas entendu ou quoi ? Je me suis fait mal à la main à force de toquer… Lui reprocha son collègue d’un air soucieux.
-Ce n’est rien. Excuse-moi. J’avais l’esprit ailleurs.
-Les collègues de la BAC sont là.
-Fais-les entrer.
-Ca tombe bien, ils sont juste derrière moi. » Serge lui adressa un petit sourire contrit. Deux hommes sombres entrèrent. Il avait déjà croisé l’un des deux à l’occasion d’une autre affaire. Il se souvenait de ce grand chauve cordial et efficace. Quant à son collègue, il l’examina rapidement. Grand, sec, les cheveux argentés… Il était nerveux et affûté mais ne faisait rien pour paraître plus jeune qu’il n’était. Sans doute devait-il espérer que ses cheveux blancs lui vaudraient plus de respect… Il leur serra brièvement la main et les invita à s’asseoir d’un geste large.
« -Je me suis permis de vous déranger parce que j’aurais besoin de quelques éclaircissements concernant un petit incident qui s’est produit lors de la manifestation de ce dimanche. Je vous montre les images, vous me raconterez ce dont vous vous souviendrez. Le chauve opina, son collègue sortit un étui à lunettes de sa poche et les ajusta sur son nez aquilin. Ils visionnèrent les images dans un silence studieux.
-Je me souviens parfaitement. Commença le plus jeune des deux. C’est Sarah Giordano. Nous l’avons vue pour la première fois il y a cinq mois à peu près. C’était une espèce de furie mystique. Elle s’était récemment convertie mais elle ne faisait pas semblant. Elle avait le prêche agressif et nous avons dû intervenir à plusieurs reprises pour lui dire de se calmer. Des parents excédés de gamines qu’elle essayait de convertir nous ayant fortement suggéré de faire le nécessaire. Nous ne l’avions jamais repérée jusque là. C’est quand elle s’est mise à fréquenter Hanouri qu’elle a fondu les plombs. Ce jour-là, elle a essayé d’attirer l’attention. Et je dois admettre qu’elle a parfaitement réussi son coup. Il semblerait que quelqu’un n’ait pas apprécié sa prestation… Puisqu’ils sont morts tous les deux la nuit même.
-Allez ? les gars, soyez sympas… Vous avez l’air de bien les connaître, ces deux-là… Dites-moi que ça ne peut pas être à cause de ça et dites-moi qu’ils ont trempé dans un trafic bien sordide… Le plus âgé nia.
-Je suis désolé, mais Hanouri était parfaitement rangé depuis sa sortie de prison. Il ne fréquentait plus ses anciens acolytes, il avait trouvé un emploi dans le bâtiment… Non, vraiment : il ne bougeait plus une oreille. C’était elle l’élément perturbateur du couple et pas l’inverse.
-Le procureur va détester ça au moins autant que moi !
-J’ai bien peur qu’il n’y ait autre chose qui ne le mette en boule… Sarah était adulée ou détestée… Mais elle ne laissait personne indifférent et pour le coup, tous les jeunes se sont mis d’accord pour organiser une marche blanche en l’honneur du couple demain à seize heures. Serge se rejeta en arrière dans son fauteuil.
-Il ne manquait plus que ça… Vous l’en avez déjà informé ?
-Oui. Je vous confirme que ça ne lui a pas fait plaisir.
-Bon, et bien il faudra faire avec. Je compte sur vous pour me tenir au courant si par hasard vous tombiez sur quelque chose qui puisse m’aider…
-Ce sera avec plaisir mais je crains que ce ne soit illusoire. » Lui répondit le chauve. Il était onze heures et demie lorsque les deux hommes prirent congé. Jamais au cours de sa carrière Serge ne s’était trouvé face à une situation aussi inextricable. Il se sentait à la fois frustré et terriblement las.

Publié dans Charlie profané

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