Il était vingt deux heures, Alain regardait un débat...

Publié le par Sandrine

Il était vingt deux heures, Alain regardait un débat télévisé dont le thème était : vers un inévitable choc des civilisations ? Il trouvait les intervenants tour à tour niais ou bien pensants mais se contentait de ce maigre divertissement. Alors qu’il commençait à s’endormir, bercé par les paroles monocordes de divers experts, il fut tiré en sursaut de cette douce langueur par le générique qui annonçait un flash spécial. Il eut la tentation de se pincer pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. Mais non ! A n’en pas douter, c’était un message pour lui. Dans le fond, quoi de plus logique que son action suscite une réaction ?
« Nous interrompons vos programmes en raison d’une nouvelle tragédie survenue il y a quelques minutes à peine. Alors que les fidèles sortaient de la mosquée de Lyon, quatre d’entre eux ont péri, lâchement assassinés par le tueur à l’arc sur les marches de l’édifice religieux. Il n’y a toujours aucune revendication mais les motivations racistes et xénophobes de celui qu’il faut désormais considérer comme un serial killer ne font plus aucun doute… » Alain éteignit aussitôt la télévision pour pouvoir réfléchir plus tranquillement. Sitôt qu’il avait entendu : « le tueur à l’arc », il avait été flatté d’avoir fait des émules. Mais après, il avait compris et il en concevait une profonde colère. Il avait compris que d’autres essayaient de s’approprier le mérite de ses actions et qu’ils salissaient la noble mission qu’il s’était assignée. Il ne pouvait laisser les choses se dérouler ainsi. Il s’attendait bien à n’être pas pleinement compris et encore moins à être approuvé. Mais être traîné dans la boue de la sorte, ça, c’était tout simplement insupportable. Il fut tenté de se laisser aller à une violence aveugle, mais comme il ne sut contre qui la tourner, il se calma immédiatement. Il fallait absolument qu’il prenne son mal en patience. Mais il fallait qu’il soit prêt à intervenir à n’importe quel moment. Son travail ne lui offrait pas cette liberté. Il fouilla parmi ses papiers. Au bout de quelques minutes, il trouva son bulletin de salaire. Il disposait d’un solde positif de vingt jours de congé. Il les prendrait dès le lendemain. Ainsi, il aurait les mains libres.

Publié dans Charlie profané

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