L’aube blanchissait à peine que déjà Serge rentrait de son jogging...

Publié le par Sandrine

L’aube blanchissait à peine que déjà Serge rentrait de son jogging. Ce n’était pas un grand sportif mais c’était un rituel auquel il ne dérogeait jamais. Il regarda sa montre tout en poussant sa porte d’entrée. Il avait juste le temps de prendre une douche et de filer au bureau. Il pleuvait. Il n’avait aucune envie d’y aller. Comme tous les jours depuis quelques mois, se dit-il en grimaçant. Il était huit heures quand les vidéos parvinrent sur son bureau. On ne lui avait transmis que celles qui couvraient les six quartiers les plus proches du pavillon qu’habitait le couple décédé. Cela risquait d’être aussi fastidieux qu’inutile. Il soupira. Il s’étira et alla se chercher un gobelet de café dans le couloir. Cette machine finirait par le ruiner. Il se rassit à son bureau et commença le visionnage des vidéos. La tête lourde après une heure de cet exercice insipide, il allait renoncer quand il crut reconnaître Sarah. Il se sourit en se disant qu’il prenait ses rêves pour des réalités. Mais par acquis de conscience, il revint sur le passage concerné et l’agrandit. Il n’y avait aucun doute possible : c’était bien elle ! Ou le sort s’acharnait sur lui en lui mettant sur sa route deux jolies brunes avec un grain de beauté situé très exactement au même endroit. Il observa scrupuleusement la scène. Mademoiselle Giordano n’avait rien d’une jeune femme discrète et effacée. Visiblement, elle avait un caractère de feu. Mais l’esclandre qu’elle était en train de faire ne l’arrangeait pas. Elle avait attiré l’attention sur elle d’une façon qui pouvait avoir énervé un déséquilibré. Le procureur allait être fou de rage… Il voulut attraper un crayon pour noter l’heure et le lieu où la scène se déroulait pour demander des éclaircissements aux hommes de la BAC qui l’avaient évacuée du cortège mais il renversa son gobelet de café sur son pantalon. Au même moment, l’un de ses collègues introduisait les parents de Mademoiselle Giordano dans le bureau. Il leva les yeux au ciel et se ressaisit. Le couple d’une soixantaine d’années était tellement brisé par la douleur qu’ils ne relevèrent pas cet incident. Serge serra la main de Monsieur, elle était large et forte et sa pression franche. Il longea ses yeux dans les siens. Il avait le même front que sa fille. Son regard noir le fixa sans ciller. Il paraissait être un brave homme. Sa femme, petite autant qu’il était grand, semblait perdue, elle regardait autour d’elle avec une relative hébétude et faillit manquer la main qu’il lui tendait. Serge les invita à s’asseoir face à lui. Madame Giordano fixa son regard sur la fenêtre et sembla oublier la présence de Serge. Il était très gêné de perturber leur deuil, mais il n’avait pas d’autre choix.

Publié dans Charlie profané

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