Lorsqu’ils revinrent dans le bar...

Publié le par Sandrine

Lorsqu’ils revinrent dans le bar, le serveur sortit immédiatement la bouteille qu’il leur avait gardée et la déposa sur la table à laquelle ils s’étaient installés. Serge regarda son portable. Il l’avait éteint au cabinet de radiologie et avait oublié de le rallumer depuis. Il avait une dizaine d’appels en absence. Il hésita puis rappela.
« -On peut savoir ce que vous faites ? Lui demanda la voix aigre de la secrétaire. On cherche à vous joindre depuis ce matin.
-Je prends une bonne cuite avec un copain…
-Ah, et vous me prenez pour une bille, en plus ? C’est pas un camp de vacances, ici !
-Vous pourrez me parler sur ce ton le jour où vous aurez pris du galon, ma jolie. D’ici là vous vous contenterez de me faire passer les messages me concernant avec la plus grande politesse et sans le moindre commentaire ! Je suis malade. Dites-le aux autres. Je reprendrai demain normalement.
-J’attends votre certificat. Vous avez quarante huit heures pour me le transmettre.
-J’ai donc encore vingt-quatre heures, détendez-vous ! » Il raccrocha sans autre forme de procès. Cette femme l’avait toujours exaspéré. Il ne comprenait pas comment cette vieille chouette faisait pour tyranniser tout le service alors qu’elle n’était rien. Les gens lui avaient progressivement abandonné une autorité pour laquelle elle n’avait aucune légitimité. C’était inouï ! Il soupira et servit généreusement deux verres. Fenbeck n’osait pas parler.
« -Vous êtes aussi communicatif que vos patients habituels ! Lui fit remarquer Serge.
-Je n’ai jamais vu quelqu’un réagir comme vous…
-Et à quoi vous attendiez-vous ? A ce que je me mette à pleurer comme une fillette ? J’ai passé l’âge de ce genre de minauderies… Allez ! A notre dernière enquête !
- Ce n’est pas la plus simple… Nota le médecin, écoeuré.
-Et alors ? Maintenant, je peux faire ce que je veux, adieu le règlement et les conventions ! J’ai l’impunité totale….
-Pour faire quoi ? Serge parut réfléchir puis éclata de rire.
-Rien ! Je n’ai même pas un suspect à faire avouer de manière musclée…. Pas de chance ! Le téléphone de Fenbeck retentit. Il s’excusa auprès de Serge et sortit. Le serveur revint et déposa un cendrier devant lui.
-J’ai cru voir que vous n’étiez pas devenu plus raisonnable…
-Vous non plus…. Je croyais que c’était une faveur exceptionnelle…
- Le temps que vous fassiez votre petite virée j’ai vu mon patron. Il n’y a plus assez d’activité… Il va falloir que je trouve un autre job.
-Décidément, c’est une sale journée pour tout le monde…
-Votre ami a une activité de ministre. Remarqua-t-il. Serge sourit.
-Pourtant c’est bien le seul dont les clients peuvent attendre et ne râlent jamais. Fenbeck revint presque immédiatement. Le serveur s’éclipsa discrètement.
-Serge, je crois que vous allez reprendre du service plus tôt que prévu. L’hôpital vient de m’appeler. Une jeune femme est arrivée chez eux hier soir vers une heure du matin. Elle était inconsciente. Elle avait une vilaine plaie à la tête. Elle a dû faire un malaise et s’ouvrir le crâne. Ce sont des passants qui l’ont trouvée dans la rue et qui ont averti les secours. Elle se trouvait au coin de la ruelle où ont été découverts les deux corps. Elle vient de reprendre conscience. On ne sait jamais…
-Décidément, vous êtes prêt à tout pour m’entraîner à l’hôpital…
-Dans l’état où nous sommes, ce n’est pourtant pas très sage. Tenez. Lui dit-il en lui tendant une boîte de pastilles de menthe. Vous aurez l’air moins suspect.
-Vous ne venez pas ?
-Ma présence n’est pas nécessaire. Si vous aviez voulu un collègue de travail, vous auriez fait le nécessaire pour cela il y a bien longtemps… Je vais vous attendre ici. Vous ne devriez pas en avoir pour bien longtemps.
-Rien vu, rien entendu…. A tous les coups. » Pronostiqua-t-il en se levant.

Publié dans Charlie profané

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