Serge sortait de la douche...

Publié le par Sandrine

Serge sortait de la douche quand il entendit le présentateur annoncer ce qu’il appelait la nouvelle tuerie de Lyon. Vêtu de sa seule serviette entourée autour de sa taille, Serge se précipita devant l’écran. « Nous apprenons ce matin que cette nuit, dans le vieux Lyon, trois jeunes hommes ont été assassinés. Il s’agit des membres du groupuscule d’extrême droite à qui appartenait Rémi Sabone. Nous ne disposons pas d’informations émanant des autorités pour l’instant, mais d’après les premiers témoignages que nous avons recueillis, il s’agirait de l’œuvre du fameux tireur à l’arc. Il semblerait qu’il n’ait pas apprécié l’hommage que Rémi Sabone entendait lui rendre… » Serge tiqua. Il prit une cigarette et l’alluma. Son homme était un illuminé, c’était un fait, mais il avait l’air d’avoir initialement agi au nom d’un idéal. Qu’il agisse à présent par vengeance… C’était un peu étonnant… Quoi que… Quel autre lien pouvait-il exister entre des musulmans, un rabbin et des jeunes d’extrême droite ? Sans compter qu’il avait fait le voyage pour Lyon… Oui, en fin de compte les journalistes ne disaient pas que des âneries. Il s’était vengé. Et pourtant, si c’était bien un raciste, il aurait dû se réjouir que Sabone ait décidé de poursuivre son œuvre… Etait-il égocentrique ou n’était-il finalement pas raciste ? Il ne parvenait pas à trancher. De toute manière, il fallait qu’il attende le rapport de ses collègues pour s’assurer qu’il s’agissait bien de son homme. Si tel était le cas, il entrevoyait une possibilité…. Il avait l’air soucieux de l’image que l’on avait de lui. Peut-être était-ce un levier pour tenter d’obtenir une réaction de sa part, voire même d’entrer en communication…. Mais il était prudent et intelligent… Serge eut un frisson. Il fallait qu’il s’habille s’il ne voulait pas attraper la mort. Cette pensée le fit sourire. Il avait lu le rapport d’analyses du laboratoire, tout était normal. Il n’avait donc plus à s’en faire. Le docteur Fenbeck et ses grandes théories sur les accès de fièvre allaient en prendre un coup !
Il était huit heures trente quand il arriva à son bureau. Il y trouva l’un de ses collègues qui déposait un dossier sur son bureau.
« -Tu as entendu ce qui s’est passé ? Lui demanda-t-il pour lier la conversation. Serge n’avait pas envie de discuter mais il ne pouvait être impoli.
-Oui. Il est très réactif. C’est le dossier de Lyon ?
-Oui. Son collègue le dévisagea en fronçant les sourcils. Tu as mauvaise mine, on dirait un cadavre….
-Oh, non ! Tu ne vas pas t’y mettre ! Je vieillis, voilà tout ! Allez, offre-moi un café… » Ils sortirent tous deux dans le couloir. Serge fut aussitôt entouré de collègues qui le pressaient de questions sur le dossier en cours. Il y répondait de façon laconique, non pour éluder leur curiosité, mais parce qu’il n’avait aucune réponse à leur apporter. Dix fois, on lui proposa de l’aide, dix fois il la déclina poliment. Il était inutile de s’y mettre à plusieurs pour ne rien faire… Il retrouva la quiétude de son bureau avec plaisir. Le rapport du légiste lui tendait les bras. Il le lut en diagonale. Il n’y avait pas de doute possible, c’était bien son homme. Il finit son café d’un trait et téléphona au bureau du procureur pour l’en aviser. Encore une fois, son homme avait été méticuleux. Il n’y avait rien à exploiter. Il était désespéré autant que son supérieur. Par acquis de conscience, autant que pour tromper l’ennui, il se plongea dans les archives criminelles pour savoir si un tueur avait déjà sévi selon ce mode opératoire. Il en fut pour ses frais. Non seulement il ne trouva rien, mais cela ne l’occupa pas plus de cinq minutes. La journée promettait d’être longue.

Publié dans Charlie profané

Commenter cet article