Parfois, le silence est d'or!

Publié le par Sandrine

Bonjour à tous. Contrairement à beaucoup, je ne me suis pas exprimée publiquement sur les événements qui nous frappent. Voici pourquoi:
Jusqu'ici, l'on aimait jouer à se faire peur. Mais il s'agissait d'une peur virtuelle, d'une peur fantasmée, immatérielle, qui ne franchissait jamais les frontières des pages de nos livres ou de nos écrans de télévision. Elle était prisonnière d'objets familiers et nous en avions fait un aimable divertissement.
Hélas, depuis quelques temps, elle a surgi dans notre quotidien. Le monstre a brisé ses chaînes. Certains pensent pouvoir en tirer avantage et c'est au mépris de toute notion de morale ou même de la plus petite idée de décence que l'on tire la couverture à soi. Appât du gain, notoriété ou manipulation politique, les motivations ne manquent pas. Qui n'a pas remarqué ces derniers temps ces témoins qui n'ont rien vu et rien vécu se répandre au journal télévisé en nous expliquant qu'ils auraient pu.... C'est indécent! J'aurais pu gagner au loto, ne pas naître, aller sur la lune... J'aurais pu... Si... Dans d'autres circonstances... Et voilà comment on sacrifie la décence et le nécessaire respect dû aux véritables victimes sur l'autel de la plus pure communication mercantile admirablement servie par un éperdu besoin de notoriété. Voilà comment l'on répand une peur fétide et incontrôlable qui menace de nous submerger sous la plus abjecte folie que seule pourra juguler une camisole tissée de lois liberticides.
Avons-nous pris le temps de réfléchir à tout ça? Sommes-nous donc incapables de toute dignité? Si la minute de silence est l'hommage le plus adapté en ces circonstances, est-ce réellement un hasard? N'est-il pas parfois simplement temps de se taire, de se mettre en retrait et de laisser à la réflexion l'occasion de s'épanouir sur le fertile terreau du silence? Une information sobre et factuelle ne vaudrait-elle pas mieux que cet abrutissement permanent de possibles morts nés? Nous agissons comme des papillons de nuit follement pressés de consumer nos vies éphémères et dérisoires à la flamme médiatique. Posez-vous cette question: ne sont-ce pas là les motivations de ces terroristes? Ne rêvent-ils pas de l'admiration des leurs? Rappelez-vous: tout ce qui importe, c'est que l'on parle d'eux. En bien ou en mal, ça n'a pas d'importance. Ils ne souhaitent rien tant que de devenir des martyrs, des légendes, des mythes capables de vivre éternellement dans l'inconscient collectif. Et ce, au-delà de toute idéologie religieuse ou politique. Car dans dix ans, nous serons incapables de nous rappeler les noms des victimes, mais nous nous souviendrons parfaitement des noms des terroristes. J'exagère? Bien. Faisons un test! Mohammed Merah... Quels sont les noms de ses victimes? De grâce, soyez honnêtes avec vous-mêmes! Vous ne vous en souvenez pas. Et c'était en 2012! Vous rétorquerez sans doute que toutes les actions spontanées de soutien ne sont que l'expression de bons sentiments. L'enfer est pavé de bonnes intentions! Ces quelques minutes de reportage accordées à ce pianiste venu jouer à un jet de pierre du lieu du drame... Objectivement, à quoi servent-elles? Les victimes ne l'entendent plus. Il n'y avait alors que les forces de l'ordre qui avaient légitimement d'autres chats à fouetter et... Des journalistes! Tiens donc... On n'en sort pas, n'est-ce pas? Croyez-vous que cet homme aurait sorti son piano s'il n'avait pas bénéficié du regard de velours des médias? Etes-vous persuadé qu'il aurait sorti son piano en plein désert pour honorer la mémoire de ceux qui y ont péri? Les victimes du crash de l'avion russe auraient pourtant mérité des égards similaires... Oui, mais les caméras n'y sont pas restées bien longtemps... Et les actions de solidarité désintéressée n'ont pas vu le jour. Comme c'est curieux... Décidément, il convient de se poser la question avant qu'il ne soit trop tard. Ce grand mouvement d'hystérie collective alimenté pas de petits egos en quête de notoriété, où nous mène-t-il? Il ne faut pas être devin pour comprendre que cette orgie médiatique fait pleinement le jeu des terroristes. Soyons respectueux, prudents et solidaires. Mais soyons également sobres, dignes et discrets. C'est ainsi qu'agissent les vrais résistants. Ce sont ces valeurs qui font les héros. Dans le fond, un acte véritablement héroïque, n'est-il pas celui qui n'attend ni reconnaissance ni remerciement?

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TIMIA-PAULE 21/11/2015 18:01

Une analyse parfaite à l'encontre de cet abject tohu-bohu médiatique faisant suite à ces atrocités ...
Oui chère amie ... de la décence et du recueillement sont davantage requis dans ces duloureuses circonstances !!