L'histoire proscrite est disponible à la vente!

Publié le par Sandrine

L'histoire proscrite est disponible à la vente!

Voici le quatrième de couverture:

Quand un vieil homme, richissime et mégalomane, s'intéresse d'un peu trop près à un étudiant en archéologie, c'est l'histoire avec un grand H qui en sort bouleversée...
L'homme est-il réellement l'occupant légitime de la Terre ? Est-il vraiment le premier être doté d'intelligence à en fouler le sol ? Et si, finalement, toutes nos théories s'effondraient comme un château de cartes soufflé par un vent d'audace? Que resterait-il alors de nos certitudes, de notre prétendu savoir et, in fine, de nos civilisations ?

Et le début du roman:

Cyril était assis dans le bus presque désert. Un gros homme à la carrure impressionnante s’était installé face à lui. Il avait remarqué que ses yeux bleus fixaient intensément ses livres. Mais il venait juste de quitter le brouhaha de l’amphithéâtre de la faculté et n’aspirait qu’au silence, aussi se contraignit-il à poser son regard au-delà de la tête aux cheveux blancs. Mais l’homme toussa pour attirer son attention. Obstiné, Cyril ne réagit pas. L’homme sourit.
« – Qu’étudiez-vous ? Lui demanda-t-il d’une voix si profonde qu’elle semblait provenir d’outre tombe. Cyril sursauta et posa finalement son regard sur le visage de son interlocuteur.
– L’archéologie. Répondit-il, laconique.
– En quelle année êtes-vous ?
– En quatrième.
– Vous devez commencer à avoir des bases solides.
Nota-t-il comme pour lui-même avant de reprendre. Quel âge avez-vous ?
– Vingt trois ans. Cyril commençait à être agacé par l’insistance du vieil homme, mais la politesse lui interdisait de le montrer.
– Savez-vous qui je suis ? Cyril le dévisagea avec une curiosité nouvelle.
Devait-il le reconnaître ?
– Je suis navré…
– Dominique Sethan. Cyril réfléchit quelques instants
puis nia de la tête.
– Désolé. Ça ne me dit rien.
– Je suis industriel. Vous connaissez sans doute les systèmes de levage Sethan… Cyril fronça ses sourcils blonds sous la réflexion. Puis ses lèvres fines s’étirèrent en un sourire un peu ironique. Certes, il connaissait cette marque, mais il ne croyait pas une minute que l’homme qui se trouvait face à lui dans ce bus fût son fondateur. Il décida de jouer le jeu pour retrouver sa tranquillité le plus vite possible.
– Enchanté. Laissa-t-il tomber d’un ton morne.
L’homme rit de bon cœur.
– Vous ne me croyez pas… Et pourtant ! Je n’ai plus pris le bus depuis plus de quarante ans… Autant vous dire que pour moi aussi la situation est… Surréaliste !
– Si ça ne vous plaît pas, pourquoi le faites-vous ?
– Parce que ma voiture est tombée en panne.
– Un taxi vous aurait dépanné…
– J’ai essayé… Mais on m’a annoncé trente minutes d’attente. Ce que je hais encore plus que le bus, c’est cette horrible sensation de perdre mon temps. Il faut dire qu’il m’en reste moins qu’à vous. Cyril ne releva pas la pointe d’humour. Il n’avait pas l’intention de l’encourager à lui faire la conversation.
– Vous habitez chez vos parents ? Cyril se raidit sur son siège. Les questions qu’il lui posait commençaient à devenir un peu trop intrusives pour lui.
– Non.
– Alors je pense que vous êtes disponible pour une invitation au restaurant…
– Excusez-moi mais vous vous méprenez, monsieur.
Répondit-il sèchement. Dominique s’empourpra violemment avant d’éclater de rire une nouvelle fois.
– Mais non ! Quelle idée saugrenue avez-vous eue là ?
C’est à but professionnel uniquement ! Je viens précisément d’un rendez-vous avec le doyen de la faculté. Je lui ai demandé de me présenter quelques uns de ses étudiants qui pourraient être intéressés par un projet que j’aimerais mettre en place.
– Et ? Je pense que nous sommes suffisamment nombreux pour qu’il vous ait communiqué quelques noms. Dominique nia sombrement.
– Le rendez-vous a duré moins de cinq minutes. C’est à chaque fois la même chose. Il suffit que j’entreprenne d’expliquer la nature de ce projet pour qu’on m’éconduise.
– Vous n’avez décidément pas de chance ces temps-ci. Répliqua froidement Cyril.
– Ecoutez, vous êtes jeune, vous n’avez pas encore les certitudes de ces vieux thésards chevillées au corps… Avouez que vous ne prenez pas grand risque à écouter un vieux fou le temps d’un dîner… Choisissez le restaurant, vous aurez gagné au moins un bon repas.
– J’ai encore les moyens de me nourrir. Je sais bien ce qu’on raconte des étudiants, mais il ne faut pas exagérer.
– Allons, mon ami, ce n’est pas de la charité, je vous le demande comme un service. Nous allons arriver, ne manquez pas une chance qui s’offre à vous… Cyril vit l’arrêt de bus se profiler sur le trottoir le long duquel l’autocar se rangeait. Il soupira profondément.
Effectivement, il ne prenait aucun risque. Et il venait de voir la magnifique Rolex qui était au poignet de Dominique et qui s’était découverte alors qu’il désignait l’arrêt de bus d’un geste large. Cela plaidait assez en faveur de sa version des faits, aussi peu plausibles soient-ils. En outre, un projet qui lui avait valu les foudres du doyen éveillait sa curiosité.
– Soit ! Ne serait-ce que pour savoir ce que l’argent n’a pu acheter ! Dominique eut un sursaut de surprise.
– Vous êtes bien aigri pour un jeune homme de votre âge ! Allez, il est dix neuf heures, indiquez-moi donc un restaurant où nous pourrions manger convenablement.
– C’est un petit village. Nous n’avons pas un choix extraordinaire. Dominique se leva, suivi de Cyril. Il attendit d’être descendu du bus pour reprendre.
– Alors allons goûter une spécialité locale, l’occasion ne se représentera peut-être pas !
– Aimez-vous le poisson ?
– Oui.
– Dans ce cas vous n’aurez pas tout perdu dans votre malheureuse escapade en province… Le petit restaurant que vous voyez à l’angle propose la meilleur bourride de lotte qu’on ait jamais goûtée. Il est un peu cher mais…
– Ne vous occupez pas du prix. C’est mon problème. »
Cyril haussa les épaules avec fatalisme. Après tout, Dominique était un grand garçon, c’était à lui de voir. Il se rangea à son côté et tous deux marchèrent en silence dans les rues presque désertes du petit village provençal. La nuit commençait à tomber et les rares passants se pressaient pour retrouver la chaleur de leur foyer. Cyril poussa la porte de l’établissement et invita Dominique à entrer. Il sourit. Décidément, ce jeune homme avait le sens des convenances et ce n’était pas pour lui déplaire. Au moins, il aurait une compagnie agréable pendant le repas. Une serveuse d’une quarantaine d’années les accueillit chaleureusement.
Elle les installa dans une salle totalement vide. Dominique était relativement satisfait par la perspective de n’être pas dérangé par des tiers.
« – Désirez-vous un apéritif ? Leur demanda-t-elle d’une voix suave.
– Une bouteille de Champagne, je vous prie. Mon jeune ami et moi avons quelque chose à fêter ! Cyril le dévisagea comme s’il était devenu fou.
– Vous allez un peu vite en besogne ! Lui fit-il remarquer après le départ de la serveuse.
– Et vous, vous avez la conclusion hâtive ! Je ne comptais que fêter notre rencontre ! Pour le reste… Il conclut sa phrase d’un geste large de la main tant les
possibles étaient variés.
– Je vous écoute… Commença Cyril, pressé d’en arriver au fait.
– Un archéologue impatient… C’est bien raisonnable ? L’interrogea-t-il avec ironie.
Cette fois, Cyril sourit.
– Oh ! Vous vous êtes en train de penser qu’un archéologue qui passe une soirée avec un fossile, c’est dans l’ordre des choses ! Poursuivit-il. Cyril rougit.
Dominique n’était pas si éloigné de la vérité. J’ai été jeune, moi aussi…
– Je vous prie de m’excuser, j’avoue que j’avais simplement envie de me retrouver au calme avec mes bouquins et une pizza…
– On peut dire que vous avez le sens de la fête !
– J’ai surtout envie de réussir… Je n’ai pas les moyens de rester un étudiant perpétuel.
– Ça, c’est quelque chose qui peut facilement s’arranger. J’avoue que je n’ai jamais été dans votre situation. On pourrait considérer que j’ai été privilégié… Et c’est effectivement le cas. C’est bien ce qui fait que je tiens tout particulièrement à mon projet. La serveuse revint et servit les deux hommes. Elle s’éloigna discrètement. Dominique laissa aller son regard sur sa
croupe généreuse avant de reprendre. Savez-vous comment les Sethan sont devenus riches ?
– J’avoue que non…
– Mon grand-père n’avait pas un sou vaillant en poche et aucun talent particulier. Il a donc décidé d’émigrer aux Etats-Unis. Alors que le bateau venait d’arriver, il a vu un
drôle d’engin qui permettait de décharger les cargaisons. Il l’a bien observé, a posé quelques questions et a embarqué aussitôt pour revenir en Europe. A peine arrivé, il a déposé
le brevet de l’engin en question qu’il avait tout de même amélioré quelque peu. Voilà, ce n’est pas plus compliqué que ça. Il a su saisir sa chance au bon moment. Depuis, nous nous contentons de maintenir l’entreprise à flot et d’encaisser les dividendes… On pourrait trouver ça enviable et il est vrai que c’est assez confortable, mais sincèrement, ça ne présente aucune satisfaction intellectuelle. Je m’en suis rendu compte il y a deux ans, lorsqu’on m’a annoncé que j’avais un cancer de la gorge… Là, on se dit que le temps est compté et on commence à faire le bilan de sa vie… Il n’y avait rien à en dire. La maladie n’a pas été un problème, mais ce constat-là a bien failli me détruire. Je ne veux pas sombrer dans l’oubli sans laisser une trace de mon passage dans ce monde, si petite soit-elle.
– Et comment comptez-vous marquer le monde de votre empreinte ?
– Avez-vous entendu parler des OOPART ? Cyril faillit s’étouffer avec la gorgée de Champagne qu’il était en train d’avaler. Il éclata de rire.
– Vous m’étonnez ! Avec une idée pareille, le doyen a du vous mettre un bon coup de pied où je pense ! Dominique approuva tristement.
– Et ça n’a pas été le seul. J’ai consulté tous ses autres collègues avant lui…
– Sérieusement, monsieur Sethan, à votre âge, comment pouvez-vous être aussi naïf ? Vous avez quand même bien conscience que tout cela est une vaste plaisanterie ! Dominique le toisa avec intérêt.
– Tiens donc ! Expliquez-moi donc un peu pourquoi ?
– En vertu des méthodes de datation très précises que nous possédons. Remettre en cause l’histoire reviendrait à mettre en cause également la théorie de l’évolution qui
concorde parfaitement…
– Théorie, vous venez de le dire. Ce n’est pas une réalité scientifique, ce n’est qu’une théorie et malgré toutes les recherches qui ont été entreprises, il est où ce fameux chaînon manquant ?
– La terre est vaste…
– Et vous avez pourtant trouvé de bien petites choses !
On a trouvé de multiples représentants de chaque espèce d’hominidé et celui-là précisément est introuvable… Il n’y en avait tout de même pas qu’un ?
– Je vous le concède mais nous devons bien admettre qu’il va encore nous falloir du temps pour le trouver. Nous ne pouvons fouiller partout…
– Il est pourtant peu de zones archéologiquement vierges… Combien de temps devrons-nous attendre avant de remettre en cause cette théorie… Cyril se rembrunit.
– J’avoue que je n’aime pas beaucoup les créationnistes et leurs théories fumantes…
– Je ne veux rien prouver particulièrement, je veux simplement avoir le droit de m’interroger. Et si je le fais avec la plus grande honnêteté intellectuelle, je ne peux qu’admettre que malgré toutes nos soi disant avancées scientifiques, nous n’avons toujours rien appris concernant nos origines. Nous supposons, nous espérons, mais nous n’avons pas la moindre preuve non seulement de ce que nous avançons fièrement, mais de ce que nous inculquons à nos enfants. Rendez-vous compte que vous êtes tellement imprégné de ce que ces livres recèlent et dont on vous a bourré le cerveau que vous avez perdu toute capacité à vous interroger ! Je ne dis pas qu’il faille tout réfuter, je dis qu’il ne serait pas malsain de s’interroger. C’est le doute
qui fait avancer l’humanité, pas les certitudes assénées péremptoirement.
– Certes, nous n’avons pas ce chaînon manquant, mais pour autant, rien ne permet de remettre en cause l’histoire telle que nous la connaissons. Les méthodes de datation…
Dominique l’interrompit d’un geste de la main.
– Les méthodes de datation, parlons-en, mon jeune ami. En même temps que j’ai appris l’existence de ces fameux OOPART, j’ai également appris que la datation au carbone 14 est fausse ! J’avoue que sur le moment, je me suis demandé si ce n’était pas une plaisanterie, mais c’est la triste réalité. D’après ce que j’ai compris, vous m’arrêtez si je me trompe, la datation au carbone 14 repose sur la présence de carbone radioactif que les organismes absorbent de leur environnement. Ce fameux radiocarbone se désintègre à un taux prévisible. Mais nous n’avions pas pris en compte les contaminations modernes, ce qui a déjà induit des erreurs de 10 000 ans. Comment à ce compte, peut-on affirmer quoi que ce soit concernant les vestiges historiques. Rendez-vous compte, 10 000 ans, c’est monumental ! Parlons maintenant de la datation radiométrique… C’est quand même ni plus ni moins que la méthode la plus répandue pour dater l’âge d’un fossile. Et bien figurez-vous que je n’en revenais pas d’apprendre que tout le principe de cette méthode consiste à dater ce fameux fossile par l’âge connu de la strate rocheuse dans laquelle il repose et que la méthode pour dater ces fameuses strates rocheuses est de la dater par l’âge connu des fossiles qu’elle renferme. C’est le serpent qui se mord la queue et scientifiquement, vous admettrez que la méthode manque singulièrement de précision… Le problème de toutes les horloges radiométriques est que leur précision dépend étroitement de plusieurs hypothèses de départ, en grande partie basées sur de l’inconnaissable. Pour dater un échantillon par radiométrie, il faut d’abord connaître la quantité de départ d’isotope père au début de l’existence de l’échantillon. Ensuite, il faut être certain qu’il n’existait aucun isotope engendré au début. En outre, il faut être certain qu’aucun isotope père ou engendré n’a jamais été ajouté ou ôté de l’échantillon. Et pour couronner le tout, il faut être certain que le rapport isotopique de décomposition spontanée de l’isotope père en isotope engendré n’a jamais varié. Avouez que ça commence à faire beaucoup de paramètres de certitude qu’il faut maîtriser parfaitement alors que nous n’en avons pas les moyens… Vous conviendrez avec moi que l’un des problèmes les plus évidents est que plusieurs échantillons provenant d’un même endroit donnent souvent des âges très différents. Prenons un exemple que vous ne pourrez nier. Les échantillons lunaires ramenés par Apollo ont été datés par deux méthodes : la méthode à l’uranium thorium-plomb et la méthode au potassium-argon, et les résultats obtenus varient de 2 millions à 28 milliards d’années. Ce n’est plus une marge d’erreur à ce niveau-là !
Cela revient à admettre que nous ne sommes pas en capacité de dater quoi que ce soit. Des échantillons de lave en provenance de volcans sous-marins des environs d’Hawaï ont été datés par potassium-argon, méthode qui a donné des dates qui varient entre 160 millions et 3 milliards d’années. Il n’est dès lors pas étonnant d’apprendre dans la foulée que tous les laboratoires qui pratiquent la datation de roches exigent de connaître avant de pratiquer les analyses l’âge évolutionnaire de la strate dont les échantillons ont été extraits. Ainsi, ils peuvent savoir quelles dates ils peuvent accepter comme raisonnables et quelle dates ils peuvent écarter d’office. Mais je vous le demande, mon jeune ami, est-ce vraiment une attitude raisonnable ? Si nous avons fait ne serait-ce qu’une erreur sur une date, elle va immanquablement se reporter sur toutes les autres et jamais nous ne pourrons obtenir de résultats scientifiquement irréfutables. Avec ces méthodes, aussi scientifiques qu’elles puissent paraître, nous ne faisons qu’établir des hypothèses, pas des certitudes.
– Où voulez-vous en venir avec cette diatribe ? Cyril semblait méfiant, il s’était reculé dans son siège et jouait avec sa coupe de champagne entre ses doigts.
– Les OOPART ne sont peut-être pas tous des faux, et peut-être avons-nous quelque chose à en apprendre. Avouez qu’il ne serait pas idiot a minima de prendre le temps de les étudier sérieusement ?
– Donc, c’est là votre marotte… Mais dans quel but feriez-vous tout cela…
– Je vous l’ai dit je suis un industriel qui veut laisser une trace de son passage dans ce monde. Soit ces fameux objets me permettront de faire une découverte exploitable industriellement, et je m’enrichirai, soit ils sont de nature à révolutionner l’histoire et je laisserai au moins une trace au titre de ma participation à la science. Dans les deux cas, je n’ai rien à perdre.
– En admettant que ces objets ne soient pas des faux manifestes !
– Et c’est précisément pour cela qu’il me faut un archéologue…
– Pas forcément… S’ils sont vrais, et croyez bien que je n’y songe pas une seule seconde, cela peut avoir deux explications : ils proviennent d’une civilisation terrestre bien plus avancée que la nôtre qui a soudainement disparu suite à un cataclysme quelconque, soit ils proviennent d’une civilisation extra terrestre… Avouez qu’il n’est tout de même pas évident d’avaler cela…
– Dans les deux cas, il y aura sans doute des découvertes technologiques à la clé. Je ne suis pas sectaire.
– Et moi j’ai appris à être prudent ! Avouez tout de même que je suis le seul qui par pure politesse ne vous ait pas encore envoyé sur les roses… Et que vous n’avez plus
que moi à vous mettre sous la dent… Mais je ne suis pas stupide. J’ai tout à perdre dans cette histoire.
– Au contraire, c’est la chance de votre vie. Tout archéologue digne de ce nom ne rêve-t-il pas de faire une découverte qui portera son nom ?
– Moi, je rêve surtout de pouvoir travailler et vivre de mon métier. Si j’avais l’idée saugrenue de vous suivre dans cette folie, jamais, vous m’entendez bien, jamais personne, nulle part dans la communauté scientifique ne me permettra de travailler. Et cela est strictement hors de question. Et si je voulais me recycler dans l’enseignement, le simple fait de m’être laissé aller à envisager ces théories fumeuses me fermerait définitivement toutes les portes. J’ai une passion, et je compte bien en vivre. Il se tut et but une gorgée de liquide ambré. Il reposa la coupe sur la table un peu brusquement et fit mine de se lever.
– Non ! Le retint Dominique en lui posant la main sur le poignet. Je vous en prie… Laissez-moi au moins vous présenter totalement ma proposition. Ne fuyez pas sans savoir. Cyril jeta un œil sur le cadran de sa montre. Je vous assure que vous ne perdez pas votre temps. Insista Dominique. Voilà, j’ai créé la fondation archéologique Sethan. Elle est dotée pour fonctionner bien après ma mort, et sans doute la vôtre. Si vous acceptez, vous signez un contrat non seulement pour y travailler jusqu’à votre retraite, mais en outre vous signerez une clause de confidentialité tellement généreuse que le prix de votre silence devrait vous permettre d’être rentier. Je vous propose de pratiquer votre passion en toute liberté et dans les meilleures conditions possibles. J’ai déjà toute une équipe. Il ne me manque plus qu’un archéologue et curieusement, c’est dans cette profession que j’ai le plus de mal à faire entendre ma voix. C’est de l’obscurantisme pur et dur. Je ne comprends pas comment on peut vouloir faire des découvertes en ayant l’esprit étriqué à ce point. Cyril allait ouvrir la bouche, mais Dominique nia de la tête. Non ! Je vous en prie, attendez. Dégustons ensemble cette fameuse bourride, prenons un dessert et un digestif. Il sera alors temps de me donner votre réponse. D’ici là, nous parlerons de la pluie et du beau temps, histoire que vous ne puissiez pas dire que j’ai tenté la manipulation mentale. Cyril sourit. Sa décision était évidemment prise. La conversation glissa sur tous les sujets qui peuvent être évoqués entre deux personnes qui ne se connaissent pas et dont les univers sont totalement étrangers. Dominique
était patient et habile, il savait valoriser le jeune homme sans pour autant tomber dans la flagornerie éhontée. Mais il voyait bien à certains de ses gestes que Cyril ne s’en
laissait pas compter. Il termina sa dernière bouchée sans avoir pu l’amadouer comme il l’aurait souhaité.
– Vous aviez raison, jeune homme, c’était délicieux. Il nous faut à présent un dessert digne de ce repas. Que suggérez-vous ?
– Une tarte au citron me paraîtrait de circonstance. Dominique approuva gravement et appela la serveuse. A nouveau, il laissa son regard glisser sur ses courbes. Il croisa le regard de désapprobation de Cyril.
– Quoi ? Je n’ai rien fait de mal ! Quand vous allez au musée, vous regardez bien toutes les pièces… Là, c’est la même chose ! Le beau sexe vous laisse donc indifférent ?
– On ne peut pas dire ça… Dominique leva un sourcil intrigué.
– Vous n’avez pas de petite amie ?
– J’ai d’autres préoccupations pour le moment, je vous l’ai déjà expliqué.
– Oui, mais il me semble bien que les deux sont loin d’être incompatibles. Je connais des gens très impliqués dans leur travail qui ont néanmoins femme et enfants… Vous n’êtes pas un bourreau de travail, mon jeune ami, ça ce n’est qu’un prétexte ! Vous êtes un phobique social ! Et voir du pays et faire de nouvelles rencontres vous ferait le plus grand bien. Cyril rit doucement.
Vous ne lâchez décidément jamais votre proie !
– Non. Surtout quand je sais que j’ai raison et que c’est bon pour elle autant que pour moi. Qu’avez-vous à perdre ?
– Tout. Ma crédibilité en premier lieu.
– Et selon vous, que vaut-elle actuellement ? Vous êtes étudiant, personne ne vous connaît encore…
– Et si je vous suis, je ne serai connu que pour cette folie…
– Allons, allons… Vous exagérez un peu. Déjà, je ne vous demande pas de signer de quelconques papiers sur vos découvertes. Je vous rappelle que j’ai évoqué une prime
de confidentialité, ce n’est pas pour que vous vous répandiez dans les médias. La seule chose qui se saura, c’est que vous avez travaillé pour ma fondation. Et je doute que quelqu’un s’y intéresse plus que cela. Si ça peut vous faire plaisir, je veux bien aller jusqu’à la rétrocession des œuvres inutiles industriellement aux musées… Voilà de quoi vous valoir les œillades énamourées de la profession, non ?
– Si, et je dis bien si, par le plus grand des hasards, un jour nous tombions sur une pièce intéressante, il va falloir demander des analyses et des expertises. Alors, on saura
que je travaille pour un projet… Disons non conventionnel, pour ne pas vous froisser.
– Vous compliquez les choses à dessein… Alors revenons sur le problème de l’éthique et de la crédibilité, puisqu’il va valoir en passer par là pour avoir une chance de vous convaincre…
– Il est parfois des points de vue inconciliables…
– Non, pas d’après votre attitude, il est des choses vraies et des choses fausses. Vous avez une vision très manichéenne des choses. Donc, ou vous avez tort ou j’ai raison…
– Quel choix ! Ironisa-t-il. Dominique sourit largement. Décidément, le jeune homme demeurait sur ses gardes et rien ne lui échappait. Plus il le côtoyait, et plus il voulait s’adjoindre ses services. C’était inexplicable, mais sa personnalité lui plaisait.
– Nous sommes bien d’accord pour dire que tout a été remis à plat avec le fameux « Je pense donc je suis » de Descartes. De là, un nouveau mode de pensée a vu le jour et a entraîné de formidables avancées scientifiques. On a tout remis à plat, même les anciennes certitudes. Hélas, depuis ce brave homme à la logique imparable, toute découverte semblant cohérente a été acceptée comme une vérité scientifique en entraînant d’autres. Mais rien n’a jamais été passé au crible des connaissances dont nous disposons actuellement en toute objectivité. Je ne vous demande rien d’autre que de tout vérifier, de passer toutes les connaissances au crible de la science et de la logique. Si vos conclusions vont dans le sens des théories reconnues,
eh bien, qu’avez-vous à perdre ? Vous serez l’heureux contributeur de leur solidité définitive. Par contre, si vous les démontez… Vous serez un visionnaire !
– Et à votre avis, quelle sera la caution d’un archéologue mal dégrossi qui n’a même pas fini ses études ?
– Vous les finirez. Par correspondance, en candidat libre… On trouvera un moyen pour que vous puissiez concilier votre nouveau travail avec vos études. Je ne vous demande pas de renoncer à quoi que ce soit. Vous vous faites un monde de bien peu de choses : je vous offre un emploi et il n’est pas plus déshonorant qu’un autre. Vous l’aurez, votre avenir serein ! Le jeune homme leva les yeux au ciel. Il jeta un rapide coup d’œil à son verre. Non, il n’était pourtant pas ivre. Alors pourquoi les arguments de cet homme commençaient-ils à le convaincre ?
– Ecoutez, je n’ai pas l’habitude de…
– Vous ne sortez pas, vous ne draguez pas, vous ne buvez pas… Mais grand Dieu ! Qu’est-ce que vivre pour vous ? Je vous propose l’argent, la reconnaissance, la découverte du monde et de ses habitants et de travailler en équipe, ce qui devrait vous aider à apprendre une matière qui n’est visiblement pas à votre programme : les relations humaines ! Cyril se remémora la résolution qu’il avait prise au début du repas. Dire non. Ne pas écouter. Opposer un refus poli. Mais il lui semblait à présent qu’il s’était écoulé une éternité entre cet instant et le moment présent. Il s’absorba quelques instants dans la contemplation de la salle du restaurant. Les boiseries, les tissus provençaux…
Les chaises vides… Non, il ne pouvait décidément pas dire qu’il regretterait quoi que ce soit de cet environnement… Partir, c’est ce qu’il avait toujours voulu. Et c’est pour cela
qu’il travaillait d’arrache pied. Il n’était pas faux que cet homme lui offrait une chance extraordinaire… Et puis il fallait composer avec la réalité. Ses parents n’avaient pas
beaucoup de moyens et il savait quels efforts ils consentaient pour lui permettre de réussir. Leur ôter cette charge le séduisait. Il aurait alors un droit nouveau : celui de prendre son temps. Il soupira et ferma les paupières quelques secondes. Quand il les rouvrit, une magnifique jeune femme était debout à côté de Dominique. C’était une splendide eurasienne d’une trentaine d’années. Elle lui souriait chaleureusement. Il se demanda brièvement ce qu’elle pouvait bien lui vouloir. Dominique invita la jeune femme à s’asseoir.
– Laissez-moi vous présenter Isabelle, c’est la juriste de ....

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